Tombées les barrières, ligne de lumière, B. Pollack.
Berlin a fêté le 25e anniversaire de la chute du mur, cliché B. Pollack.

On croit facilement que la sécurité s’appuie sur des verrous qu’il ne faut pas quitter des yeux : laissons au cœur la barre et les commandes, car de la misère la mer est pleine et grande ! Or “Être bon représente une aventure autrement violente et osée que de faire le tour du monde à la voile”, affirmait Gilbert Keith Chesterton dans L’Effondrement d’une grande réputation. C’est le cas de l’Europe toujours en cours d’intégration et de toute la planète ; Le Maître chinois de Patrick Rambaud vient de démonter jusque dans notre époque et notre civilisation les mécanismes de l’exploitation, de l’homme comme de la nature : en effet, si “Celui qui s’aliène les autres s’écroule”, en revanche “Quand la terre respire, elle joue une symphonie”.

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www.francebleu.fr

Précisément, dans L’Evangile selon Pilate d’Eric-Emmanuel Schmitt, se faisait jour une source d’autant plus profonde qu’elle est intérieure, comme un “puits d’amour” : son murmure n’est accessible qu’à ceux qui ont “les oreilles près du cœur”, mais qui possèdent alors bien plus que le vaste monde, car ils le partagent largement. Tels étaient déjà les rhapsodes décrits par Socrate, qui s’adressait à Ion comme au membre de cette corporation itinérante d’acteurs déclamant les épopées antiques : “Ainsi la Muse à la divinité fait offrir un accueil intérieur spontanément ; comme ensuite, à travers ces hôtes de la divinité, d’autres sont inspirés par elle, une chaîne ininterrompue s’entrelace.” (PlatonIon ou de l’Iliade, 534 e ; traduction littérale proposée par Théâme.)

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Antique citharède grec, clg-tremonteix-clermont-ferrand.ac-clermont.fr .

Jusqu’à nous la transmission des récits se déroule en affinant la technique de leur diffusion. Le bijou qu’est l’opéra d’O. Respighi La Belle au bois dormant permet ainsi de renouer avec l’enfance, notamment de l’art total. Suivons pour nous en convaincre le personnage du Bûcheron : La chanson, la voici, celle qui aujourd’hui est contée par les aînés. Depuis des siècles dans son lit, esclave d’une fée maléfique, la belle endormie de manière si tragique ! Et file, autant que tu pourras ! Ô belle blonde, tu te piqueras ! Elle gît toute radieuse dans la paix silencieuse, mais règne à jamais dans son cœur la tendre et douce ardeur ! (Livret de Gian Bistolfi traduit par Vincent Monteil.)

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“La Belle au bois dormant”, operanationaldurhin.eu .

Près d’un panoramique enchanté de Zuber, on dirait que s’éteint le tyrannique hiver sur la salle jeune et saine, tenue, unie, en haleine. De l’ombre à l’émotion qui nous lie et nous meut dans l’atmosphère mulhousienne et ce théâtre à l’italienne, des flocons de sommeil au “grand silence bleu”, l’oreille veille et sourit au pupitre des sous-titres : “La lumière a refleuri”.

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Salut de “La Belle au bois dormant” à Mulhouse, Opéra national du Rhin, cliché Théâme.

Âme-Ulette et Fée-Tiche ont l’air endolori… Puisque la réalité chérie fait jaillir les plus belles féeries, repartons bâtir des abris pour l’homme comme pour la biche, fraternels et charnels. Qu’une aide de chaude efficacité succède à la froide opacité qui saigne et règne sur nos champs de douleurs, en cette Chandeleur ! Car l’amour est une aventure qui nous guide ensemble et qui dure.

2 Replies to “L’aventure seule est sûre.

  1. « Être bon représente une aventure autrement violente et osée que de faire le tour du monde à la voile ». Quelle phrase belle et forte de ce G. K. Chesterton que je ne connaissais pas. Merci !
    Et j’envie toujours THEAME de savoir prendre le temps de lire autant d’ouvrages, d’aller voir autant de spectacles, de parcourir autant de lieux. Et de le faire avec l’intelligence du coeur et l’émerveillement de l’enfance.
    Mais la sagesse, me dirait peut-être le Maître chinois, est de savoir être heureux de ce que l’on fait et de ce que l’on est.
    Lire THEAME participe déjà de ce bonheur et de cette sagesse.

    1. Merci à Jean-Yves comme aux autres visiteurs de Théâme de continuer de créer, ne serait-ce que l’harmonie de chaque journée. Nous sommes d’ailleurs plusieurs à rechercher la référence d’une citation d’Eric-Emmanuel Schmitt : “Si tu mets au monde ce que tu portes en toi, cela t’illuminera ; mais, si tu ne le mets pas au monde, cela te dévorera”. Merci donc aussi à ceux qui nous mettront sur la piste de cette phrase qui vaut pour chacun d’autre nous, modestes poètes de l’espérance quotidienne – le plus souvent sans le savoir !

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