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Un, Deux,

Inde deux fois indo-européenne, par la vénérable langue appelée sanskrit, par l’usage familier de l’anglais,

sous-continent surabondant, grande vasque de beaux masques pour Mardi Gras comme pour la tragédie,

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creuset cinématographique avec Bollywood“Slumdog Millionnaire”“L’Odyssée de Pi”,

 

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Inde double source d’inspiration par les mythiques voyages de Bacchus-Dionysos et les conquêtes d’Alexandre le Grand,

Inde doublement sacrée par le Bouddha, et par Thomas l’apôtre “jumeau” qui porta l’Evangile trois fois vivant aux Syro-malabars

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Voici, tout récemment traduit de l’anglais (Inde) par Dominique Vitalyos, “La Vallée des masques” de Tarun Tejpal, à travers quelques lignes de son premier chapitre, “La dernière nuit” :

Aujourd’hui, je dois faire face à l’urgence. Le train de neuf heures vient de siffler et je sais que mon sablier sera bientôt vide. Le sifflet d’un train, comme c’est beau ! La première fois que je l’ai entendu, je l’ai pris pour le cri de l’oiseau le plus grand du monde. Puis j’ai vu la bête fabriquée par les hommes, je l’ai entendue bavarder et chanter, et je suis tombé amoureux de sa voix. Ces derniers mois, j’ai escaladé souvent sans me faire voir le remblai de la voie ferrée. Assis sur les cailloux pointus, je caressais les veines de fer, je posais mon oreille contre leur douceur lisse et fraîche afin de percevoir la pulsation de vie encore lointaine qui s’approchait. L’indifférence des hommes à la beauté de cette voix me stupéfie. Ils ne suspendent même pas leur conversation quand le sifflement qui fuse de la locomotive fait voler l’air en éclats. J’ai appris autre chose encore : tous les humains ne voient pas le beau partout où il se trouve. Et c’est peut-être mieux ainsi.

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Ecoutons encore la voix sourde et captivante de cette ouverture.

Je sais que partout l’esprit de l’homme est une pulpe de mangue qu’on peut presser dans un verre, dans une cuillère, voire étaler sur une assiette. Que si chacun ne prend pas soin de sa propre pulpe, s’il ne lui donne pas sa juste place, quelqu’un d’autre le fera. J’ai compris que la plupart des hommes sont heureux de confier leur pulpe à d’autres. Le monde a vu naître et mourir de grands maîtres de la pulpe. Certains étaient d’une noblesse sublime. On doit à d’autres d’avoir étripé les gens par millions. Savoir et folie sont tapis dans leur regard. Ils savent que les hommes aspirent à de plus hauts desseins, et ils sont assez fous pour trouver à cette aspiration un exutoire, un espace.

Franz Kafka semble réapparaître au fond de cette vallée indienne, entre une étrange réclusion et la communion la plus profonde, au bord de la musique interdite autant qu’indispensable, non loin de la femme aimée :

Tous ces bruits sont intégrés au paysage de sa nuit alors qu’ils me sont étrangers : je viens d’un pays de profonds silences. Ces sons me maintiennent éveillé et je contribue à les alimenter. Je garde la porte de communication entrouverte pour voir sa silhouette rassurante depuis ma petite table au revêtement de feutre vert, quand je me retourne. Je ne vais jamais me coucher sans avoir entendu la voix du train de deux heures et parfois, lorsque je gagne la chambre, les rites du lever du jour sont déjà en route. Les livreurs de presse jettent les journaux roulés en tube par-dessus les portails sans s’arrêter de pédaler. Les laitiers à moto passent dans le fracas métallique de leurs récipients volumineux. Des personnes âgées aux jambes arquées, pleines de vivacité, agitent les bras comme pour rattraper leur jeunesse enfuie. Des domestiques adolescents promènent les chiens de leurs maîtres. Des jeunes hommes en pantalon de sport bon marché font leur jogging en levant haut les genoux. Enfin retentit le sifflet, doux à mes oreilles, de la navette de cinq heures qui revient de la capitale.

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Page 199, les découvertes se poursuivent, oppressées autant qu’émerveillées :

Ce monde déborde de musique, cette musique qui libère toutes les émotions des hommes, qui les fait tanguer et bondir comme un torrent de montagne.

De la vallée des larmes au filet frémissant vers les cieux sur lequel se clôt ou plutôt s’ouvre le chapitre intitulé “Le dernier secret” (page 454), cette confession tout angoissée, maîtrisée par la fiction de la bande magnétique, s’achève en un murmure universel, en un courant de tendresse, en un matin de liberté, plus forts que l’abjection monstrueuse et que les masques de contagieuse servitude. Théâme va d’ailleurs accueillir pour un prochain billet des doigts capables de crever l’écran par le clavier de l’inspiration, de nous initier au souffle du Levant qui déjà les anime, au rythme infini de l’Extrême-Orient qui nous appelle vers l’accord souriant.

 

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