Sceau de Walther de Geroldseck, photo de G. Grelot, “Histoire de l’Alsace” publiée sous la direction de Ph. Dollinger par Privat, Editeur,en 1970.

La première “libération” de Strasbourg a donc eu lieu voilà 750 ans : la campagne qui battait bibliquement des mains sous juillet, le trouvère Bitterspiel au “jeu” plus doux qu'”amer”, l’histoire offerte en visite guidée par Georges Bischoff et Charly Damm, le public bon enfant et chantant, tous ont trouvé pour cette commémoration du souffle au “Zénith-Europe” de Strasbourg, sur le site même de la bataille de Hausbergen remportée par les corps, les âmes et les rires des Strasbourgeois, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, amoureux éperdus et langues bien pendues, mentons de bons vivants et fronts soucieux des cieux, sur Walter de Geroldseck, évêque laborieusement intronisé après que les Strasbourgeois s’étaient habitués à la douceur de la liberté…

Mais, “sans la terre, il n’y a pas de ciel” : les danseuses de Richard Caquelin croisant les couleurs de Strasbourg et les grâces de l’amour plus fort que la guerre ont su changer la bataille historique en chorégraphie pacifique, en avant-goût des “lumières divines”. Dans quelles circonstances le terme de concert eût-il mieux associé que ces jours-ci au Zénith-Europe sa valeur étymologique de combat et sa signification artistique d’intense convergence vers l’accord ?

La vraie libération de Strasbourg a été réalisée coup sur coup à la fin de la première guerre mondiale, puis de la deuxième après le serment de Koufra que le général Leclerc fit prêter à ses hommes au fond du désert, dans une ville dévastée par le conflit, par les destructions et par le deuil : « Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg. » L’historien Georges Bischoff résume ainsi la destinée de Strasbourg :

Question : Pourquoi dites-vous que « Strasbourg est l’autre nom de la Liberté » ?

Georges Bischoff : Voici quelques moments fondateurs, pour bien comprendre que ce qui se passe à Strasbourg a un sens universel. :

  • 1262 : genèse de la République de Strasbourg.
  • v. 1440 : Gutenberg, le livre, outil de liberté
  • v. 1520 : la Réforme : vers la liberté de conscience
  • 2ème moitié du XVIIIème : Un laboratoire des Lumières entre France et Allemagne
  • 1789 : l’enthousiasme révolutionnaire
  • 1871 : la protestation de Bordeaux : principe du  droit des peuples à disposer d’eux-mêmes
  • 1918 : le mot libération s’applique (pour la première fois) au champ politique, à propos de Strasbourg
  • 1940-1945 : Strasbourg, Koufra, Clermont : l’horizon de la Liberté
  • 1949 : Le Conseil de l’Europe choisit Strasbourg pour y établir son siège
  • 1979 : le Parlement Européen élu au suffrage universel. Strasbourg est la capitale parlementaire de l’Union.

Une troisième libération de Strasbourg, étymologiquement “Bourg de la Route” comme l’a rappelé ce blog, semble donc en marche. Il suffit que ses habitants poursuivent la route deux fois millénaire avec l’énergie enjouée qu’ils ont su déployer, coordonner, offrir au Zénith pendant deux soirs et une matinée, non pour jouer une histoire passée, mais pour commémorer dans trois ans, avec au moins autant de fougue et de talent, le millénaire de leur vivante cathédrale ; qu’ils songent avant tout et surtout à construire ensemble chaque jour l’Europe à et de Strasbourg, selon le nom d’Eur-Ope qui dépasse par une Vaste-Vue le bout de notre nez, de nos querelles comme de nos égoïsmes, et selon la chanson reprise en chœur – avec cœur – par les spectateurs accordés aux chœurs d’une scène immense :

« Nous avons fait un long chemin ».

  • Composée par Charly Damm
  • Arrangée par Patrick Sonntag
  • Interpretée par Sandrine Hecker et Gael Sieffert
  • Chantée avec les spectateurs du Zénith-Europe en juillet 2012
Refrain
Nous avons fait un long chemin
Pris en nos mains notre destin
Une histoire avons écrit(e)
Une ville avons construit(e).
 
1 :
Depuis, sept cent cinquante années sont passées
Liebenzeller et tous les autres oubliés
Ils ont été les tout premiers dans la cité
A crier haut et fort le mot « liberté »

Refrain

2 :
Sept cent cinquante années d’histoire sont derrière nous
Mais dans nos murs elles sont toujours présentes partout
Il suffit de lever la tête dans les rues
Pour s’apercevoir qu’elles nous adressent leur salut.

Refrain

3 :
Ils ont d’abord construit une grande cathédrale
La plus belle œuvre de l’époque médiévale
La flèche qui tout là-haut se dresse belle et fière
Un héritage que nous ont laissé nos pères.

Refrain

4 :
C’est dans nos murs que Gutenberg a inventé
La géniale façon pour les livres imprimer
Un pas de géant pour toute l’humanité
Qui au savoir et à la science a eu accès.

Refrain

5 :
C’est ici que Rouget de Lisle a composé
Le chant qui toute la France allait fédérer
Du Sud au Nord on l’appela « la Marseillaise »,
Symbole d’attachement à la nation française.

Refrain

6 :
De l’Europe nous sommes devenus la capitale
En incarnant pour tous un nouvel idéal
Unir ce qui trop longtemps nous a divisés
Vivre en paix dans une même fraternité.
 
 
 
 

2 Replies to “La troisième libération de Strasbourg.

  1. Comment Georges Bischoff (l’évêque?) a-t-il pu contourner ou oublier(? ) les canons de Louis XIV en 1681( les traités de Westphalie de 1648 pour l’Alsace)? Römischer wie Rom?

    Peut-on croire que les Strasbourgeois comme les Alsaciens avant eux, n’ont pas été contraints, par l’extérieur, de renoncer à une grande part de leur(s) liberté(s)?

    En 1262 c’est une rébellion contre un pouvoir autocratique in situ et non pas une libération du joug d’un ennemi comme André Bord, obsédé par son passage dans la brigade Alsace-Lorraine de Malraux le laisse croire dans le programme et Bischoff avec lui qui relève le serment de Koufra.

    Charly Damm me paraît mystérieusement plus crédible sans doute par son intuition d’artiste.
    Comme dit l’auteure, helleniste-philologue, avec un talent enviable il nous faut une ” vaste-vue” qui dépasse le monde alsaco-français…..avec Strasbourg comme “focale”.

    1. Merci pour cette lecture bienveillante comme pour ces pertinentes critiques d’historien, que “Théâme” a d’ailleurs prises en compte.
      Les divers spécialistes impliqués par l’aventure de “1262 – Strasbourg ville libre !” sont en fait les premiers à reconnaître les déformations ou les lacunes qu’elle entraînait inévitablement et malheureusement dans son élan.
      Il revient donc aux spectateurs de relayer en tant que citoyens cette créativité contagieuse au profit de la liberté solidaire que tissent patiemment, par la grâce et la place “focales” de Strasbourg, les deux Europe.

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