Sur le chemin millénaire, mais défoncé, de Marbach, quelle porte s’ouvre ?

In Memoriam Aimé M., Denise K., Philippe Jaccottet…

La mésange joue aux anges, à pic le pic frappe et cogne, la cigogne de tout le fiel essuie le ciel. Quelle marche trinitaire doucement nous mène à faire retour au jour ? Mais soudain pourquoi le vide succède-t-il au splendide dialogue à trois ? Pourquoi le froid renvoie-t-il trois apôtres dans la plaine où se vautrent les soucis et l’oubli ? Celui dont la figure ouvrit une fissure de haute clarté dans l’obscurité, sur qui résonnèrent les chers mots du Père, vers sa mort les fit descendre unis, forts, leur fit attendre une résurrection au-delà des fictions.

Une porte frémit dans la muraille de l’abbaye : en place depuis le XVe siècle,
elle soutient les arbres de Marbach qui viennent de s’écrouler.

Par la poésie résonne la vie. Philippe Jaccottet fut autant confident d’harmonies infinies que fidèle, inventif, émouvant traducteur : Tout proche, / Et difficile à saisir, le dieu ! s’écrie pour lui Hölderlin au début de Patmos. Comme en allemand chaque initiale de substantif est majuscule, il pourrait aussi bien s’agir du Dieu.

Le Marbach court sous les falaises de grès entre fleurs et vignes.

Sous l’invisible courant poussent de mystérieux plants, des bulbes hissant des couleurs jolies sur l’herbe qui se réveille ravie… Sur la route d’Emmaüs, un jour, deux pèlerins au cœur sombre et lourd rencontrèrent un inconnu qu’ils écoutèrent : alors dans leur âme surgit la chaleur claire que leur laissa le passant disparu, mais qui depuis circule sans reflux parmi les disciples divers et multiples, jusque dans les hangars construits par la misère et dans les yeux hagards qui se trouvent des frères.

Baies de lumière dans une halle de vente tenue par Emmaüs-Cernay.

L’amour qui transfigure fonde, lance, inaugure l’unique front que rien ne rompt : nul interstice, nulle injustice, nulle peur et nul pleur, nulle haine, nulle peine, pour peu que la fraternité se prépare à l’éternité. “Je dessinerai des sourires sur les visages en larmes”, disait l’abbé Pierre, digne héritier de l’apôtre témoin du Transfiguré, du Transpercé, car il fut à son tour le serviteur et l’ouvreur d’une porte : de la voie vers la joie.

Emmaüs-Cernay , une voûte à l’écoute : l’abbé Pierre veille, accueille et parle toujours.

One Reply to “La transfiguration comme inauguration ?”

  1. “L’effacement soit ma façon de resplendir”, disait Philippe Jaccottet qui vient de s’effacer à la lumière d’hiver. Quelle belle trace laissée cependant, aussi intime et brûlante en ses poèmes que celle de l’inconnu d’Emmaüs qui ne se laisse connaître que pour mieux s’effacer. Mais voici à la porte, au chemin ou au ruisseau, quelques-unes des tendres preuves du printemps en marche vers nous et qu’annoncent mésanges, pics et cigognes, gentils luthiers de nos campagnes et de nos villes ayant gardé arbres et jardins… Oui, toute beauté s’augure et s’inaugure et lentement nous transfigure, nous faisant passer de disgrâce à grâce, en dépit de quelques irrémissibles pesanteurs. Bientôt nos trois montagnes, Moriah d’Isaac sauvé, Thabor de ma Transfiguration et Golgotha de la crucifixion n’en feront plus qu’une, qui sera montagne de l’âme. Frère abbé Pierre nous en donne les panneaux indicateurs. Loué soit-il !

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