CRITON de Platon par Francis Matéo et Gérard Mascot, de La Compagnie des Amis de Platon : à Strasbourg le 28/02/17, cliché Théâme.

Dans l’oeuvre de Platon, qui naquit à la philosophie lors du radical ébranlement déclenché pour des millénaires par la mort de Socrate, l’humble fils du sculpteur et de la sage-femme déroule un poignant dialogue intérieur face à Criton, qui lui apporte les moyens de fuir la prison et le poison prescrit par sa condamnation. Car il entend et fait entendre les lois d’Athènes, sa patrie, qui lui demandent :

“N’étaient-ils pas beaux, les ordres de nos lois recommandant à ton propre père de t’éduquer en musique et gymnastique ?” Elles lui rappellent finalement la nécessité de la cohérence à maintenir jusqu’au bout : tu avais, rappellent-elles, “donné ton accord pour nous suivre et vivre en citoyen par des actes, non par des paroles”.

Cette douce armature d’une démocratie même imparfaite manque avec l’instruction et la liberté partout où elle se fait rejeter, par exemple dans le film récent “My Sweet Pepperland“.

“My Sweet Pepperland, http://www.aureliehuet.com/images/my-sweet-pepper-land-1131.jpg

Les notions premières de sel, de poivre, se retrouvent d’une manière touchante et convaincante dans l’histoire vraie qu’a réalisée le film Lion. L’enfance n’y est musique et gymnastique que par l’accord brisé de l’attachement, par la course qui fuit les dangers, par les lettres qui ouvrent le monde autant que le salut même à travers Google Earth, par les papillons qui sont autant de pierres changées en amour dans la patrie longtemps recherchée.

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Il s’agit bien de contribuer chacun à instituer l’enfance, celle des nouveaux venus au monde par-delà notre misère essentielle, celle qui règne en nous comme le battement de la paix. Habité par l’aurore que répandit et que sans fin grandit une nuit dans le désert, Éric-Emmanuel Schmitt vient de l’affirmer dans Plus tard, je serai un enfant : “La grâce de cette nuit ne me quitte plus, je dois me montrer digne du cadeau, agir à partir de mon âme qui a vu la lumière. J’ai décidé de devenir le scribe de cette joie.”

http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/Actualites.html

Ainsi le théâtre de nos ténèbres, de nos hostilités, de nos captivités, fait place à l’harmonie, celle de l’être toujours balbutiant tel l’enfant, qui devient en tendresse et sans cesse le rayonnant disciple de l’amour environnant… La patrie n’est pas un tissu de souvenirs, mais elle est à construire, à venir. D’ailleurs, Socrate nous quitte en ouvrant grand les portes d’un espace portant toute chance et toute condition de la démocratie : “Laisse, Criton, et agissons de ce côté puisque c’est de ce côté que le dieu nous mène”.

Francis Matéo et Gérard Mascot dans CRITON de Platon à Strasbourg le 28/02/17, cliché Théâme.

N’est-ce pas le monde qui est notre patrie, avec la justice à cultiver, à mûrir, à dilater, à soutenir, donc avec les moyens toujours perfectibles de la démocratie ? “Pourquoi nous haïr ? Nous sommes solidaires, emportés sur la même planète, équipage d’un même navire”, écrivait Antoine de Saint-Exupéry dans Terre des hommesCe titre donna son nom à une association pour laquelle Jean-Yves Ragot a composé une chanson, “Petit Bonhomme du bout du monde” : https://www.youtube.com/watch?v=OxqniCX5nVk

 

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