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REPONDRE SANS BRUIT

Voyez cette figurine danser, les calmes anémones la lancer, tandis que s’ourle et s’allume une page de volume : une plume à la bouche entre les doigts, l’autre qui devant, dans l’encrier, boit, sont prêtes comme des flûtes luttant contre les chutes. Un pied délié se sent des fourmis qui montent : la fonte des neiges déjà raconte de nouveaux métiers et d’autres sentiers sous une toile tissée d’étoiles, sous un firmament qui rassure la tonsure, d’un silence aimant. Le bois du pupitre soutient les chapitres : ardemment, lentement, notre ascète esthète va se transformer en un prophète athlète. Chaque lettre qui répond construit de solides ponts, tandis qu’elle crisse et que l’encre glisse.

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CULTIVER LES FRUITS.

A l’autre bout de ce millénaire, un écrivain fils, époux et père, a vécu dans son village, a veillé, sans jamais cesser de s’émerveiller ; il nous laisse des lignes qui chantent et s’indignent, des mots concertés pour la liberté, sa tendresse qui s’empresse partout d’enseigner comme de soigner :

“Le poète doit être un professeur d’espérance (L’Eau vive)”, écrivait Jean Giono.

Car, “la vie, c’est de l’eau. Si vous mollissez le creux de la main, vous la gardez. Si vous serrez les poings, vous la perdez (Rondeur des jours).”

Or “un homme ne va jamais plus loin que lorsqu’il ignore où il va.”

Cette route obscure sur terre incognita, Manegold l’ouvre encore à grands bonds et pleins bras, comme si l’aurore jaillissait du latin, comme si nos pores aspiraient le matin.

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L’ETUDE CONSTRUIT.

La douceur pâtit, la douleur bâtit, la miséricorde fait vibrer les cordes pour l’amour de la paix. Manegold le savait, changeant en lumière les périls de l’exil et les sombres tanières, puis – au-delà de la peur – donnant aux lecteurs du cœur :

“le manque de livres m’ayant dérobé une manne d’exemples, évidemment je les rassemblerais en plus grand nombre – à condition que mes faibles forces ne m’en imposent pas l’oubli, si les rayonnages des Eglises m’offraient autant d’accès que mes tanières et cachettes des forêts”. (Prologue du Livre à Gebhard, autour de 1080.)

Si l’étude est d’abord passion de faire savourer, nul n’élude le devoir de montrer ni de labourer. Car, affirme Manegold dans les termes de l’Evangile : « Malheur à vous, férus de lois, parce que vous avez enlevé la clé du savoir ; vous n’entrez pas vous-mêmes et, ceux qui voulaient entrer, vous les en avez empêchés » (chapitre VI), puis dans ceux de saint Paul qui s’adressait aux Romains mille ans auparavant : nous “circulons dans la nouveauté de l’esprit et non dans la vétusté de la lettre” (Livre à Gebhard, chapitre XLVI ; traductions proposées par Théâme), entre les tourments de la terre et “la joie du Maître”, traversant l’étude solitaire jusqu’à la quiétude solaire.



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