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Non, nous ne prendrons pas ce saphir pour une perle. Mais, sur une amicale correspondance autour d’Archibald Studio, des recherches diverses se sont mises à germer : quel peintre a pu représenter la perle du plus bel orient dans une paume frémissante ? Chez Johannes Vermeer, la perle se décline certes sans déclin, de l’oreille à l’invisible. Mais nulle main pour la tendre en toute évidence. Commençons néanmoins par “la jeune Fille à la perle” qui inspira roman et film.

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Continuons par “la Femme bleue lisant” : observons de près le bord de la lettre passant entre les doigts pour le voir s’ourler et se perler précieusement.

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Même “la Dentellière” qui semble enfin se dégager de l’azur omniprésent paraît enfiler inconsciemment, mais consciencieusement, des perles fines entre ses aiguilles.

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Une fois la première surprise passée, la perle nacrée à l’éclat laiteux, aux courbes presque accomplies, répond assez bien au nom dont la première valeur était en latin… le jambonneau. En grec, à partir des conquêtes d’Alexandre, le terme d’origine inconnue “margaritès” désigne bientôt, après la perle, une fleur d’Egypte ! D’ailleurs, la dénomination portugaise “baroque” pour la perle irrégulière ne présageait-elle pas de fertiles développements artistiques ? Quelle alchimie a donc produit ce petit objet fascinant, de minérale apparence, tout en nuances, et ses appellations aux applications changeantes, tour à tour animales ou alimentaires et végétales ?

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Peut-être un poète est-il le plus à même de la révéler en faisant de lui l’allégorie de son propre art et de ses métamorphoses aussi souffrantes que sourdes. Ecoutons Alfred de Vigny chanter “La maison du berger” dans son recueil Les Destinées :

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“Poésie ! ô trésor ! perle de la pensée !

Les tumultes du cœur, comme ceux de la mer,

Ne sauraient empêcher ta robe nuancée

D’amasser les couleurs qui doivent te former.

Mais sitôt qu’il te voit briller sur un front mâle,

Troublé de ta lueur mystérieuse et pâle,

Le vulgaire effrayé commence à blasphémer.”

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Nous ne savons pas quel peintre a su remplir ci-dessus de lumière une paume parcheminée de nuit. Mais c’est bien la perle rayonnante que nous cherchons depuis le début ; c’est précisément ce “trésor” qui vient prendre mystérieusement place dans les paraboles prononcées par le Christ d’après la Bonne Nouvelle de Matthieu (13, 45-46) : “Le royaume des cieux ressemble à un voyageur de commerce en quête de belles perles ; il lui a suffi de découvrir une seule perle de grande valeur pour s’en aller, pour vendre tout son avoir et pour acheter séance tenante le joyau.” (Traduction proposée par Théâme pour l’Evangile en grec.) Cette comparaison intervient entre l’image du trésor détecté dans un champ et celle du filet de pêche débordant de poissons, bons ou mauvais : elle se caractérise, comme en général la Bonne Nouvelle, par une mobilité profonde et rythmée. La parabole revêt ainsi son sens et sa puissance de jet dynamique pour rendre un compte juste, puis donner une pleine mesure, du bonheur défini par une autre “Perle”, Margaret Lee Runbeck, comme étant “non pas une destination, mais une manière de voyager”, mais surtout de l’infinie royauté humaine offerte par Dieu.

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Est-ce pour cette raison que le Christ de Vermeer semble tenir une transparente perle dans sa paume généreuse, mais creuse, face à Marthe et Marie qui boivent et recueillent ses paroles ? Il est vrai que la parole dérive en droite ligne de ces fameuses paraboles, comme des gouttes qui surgissent, qui nourrissent, comme l’élan reçu pour transmettre le sacre de la vie et la mélodieuse énergie de la main à la main, d’hier à demain. L’âme perlière devient parlière…

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