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Paul Gauguin à la “Source mystérieuse”, repro-tableaux.com .

A saute-frontières, jouons avec Paul Gauguin et la Fondation Beyeler : au pied de la “Source mystérieuse” veillent et rampent comme des lampes, à dessiner, à ruminer, des familles qui scintillent de couleurs jusqu’au cœur. Vive les rétrospectives quand elles montrent d’autres rives !

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Un dimanche à la Fondation Beyeler, cliché Théâme.

Ainsi chemine chaque racine pour que les sources continuent de nourrir et pour empêcher les courses de mourir : entendez-vous ces milliers de murmures monter des langues saper ce qui mure, à travers d’anciens tracés dénués de nostalgie, mais non pas d’énergie, dont nulle ignorance n’éteint la puissance, que rien ne peut effacer  ? Car la culture est ouverture.

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Manifestation pour la promotion des langues anciennes au collège, cliché ARELAS.

Ne faisons donc pas demi-tour et ne vivons pas à rebours ! Nathalie Loiseau le répète à tire-d’aile, d’un sourire qui s’élance et nous appelle : soudain, la petite fille restée comme tous les enfants de son âge à quai si longtemps, miraculeusement aspirée par son frère aîné vers l’infinie saveur du savoir, est sortie du lycée avec les honneurs, mais sans horizon. Il lui fallut vite (et dans ce mot se concentre sans doute la force motrice que donne la bonne vue) ne plus garder l’œil rivé sur l’objectif, mais saisir la chance tendue par tant d’autres frères en attente, en action, par le souffle du changement : tout simplement l’inerte et pleine reine des abeilles a pris la route de l’essor, sauté le pas, ouvert plus grand les fenêtres. Sa verve lumineuse et sa généreuse fougue permettront peut-être à l’ancien garçon manqué, à l’administratrice douée, à la mère de quatre garçons aussi déterminée qu’émerveillée, de supplanter un jour son idole d’un jour, Barbara Cartland. En tout cas balayant regrets, remords amers, l’avenir devant elle, devant nous, étincelle, foulant les vieilles peurs comme un bateau la mer ! La nostalgie – ce mal du retour – s’est assagie en joyeux bonjour. Juste entre la myopie et l’hypermétropie, une espérance étreint l’errance, telle Europe voguant et relevant le gant des menaces avec grâce.

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Ainsi, poursuit Nathalie Loiseau qui sait écouter avec humilité, travailler avec plaisir, que la corde à sauter sauva de la solitude à laquelle parfois condamnent une intelligence et une sagesse précoces, partout paraissent des sœurs à délivrer de la souffrance immémoriale, mais qui n’est héritée que pour être évitée. Dans ce but, il lui fallut, sans flâner ni planer, Monter pour chercher un peu d’air, certes jusqu’au sommet de la formation française et jusqu’aux rênes de l’ENA, mais aussi jusqu’aux cimes de la mémoire (par son aïeule qui fut une royale nourrice haute en couleur, elle aussi bien nommée, Madame Poitrine) et du devoir : avec ou sans mentor, un tant soit peu contribuer à ce que chaque femme découvre son horizon, son avenir – même si balayer devant sa porte n’est pas un sport français – de manière à voir enfin, mais patiemment, fluidifier les processus structurels de nos sociétés européennes par le grand appel d’air qui commence à souffler sur la condition féminine, donc sur l’humanité. Car hier, “carrière” a définitivement perdu son sens pour les femmes, pour notre âme, détrôné par un plus authentique encens ; songeons à la représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, aux binômes français élus lors des élections départementales : “rien de plus beau que le travail”, écrivait voilà cent ans une future aïeule de Théâme…

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Strasbourg, devant l’ENA : “L’Envol” de nuit, cliché Théâme.

Oui, le docteur qui sommeillait encore dans la petite Thérèse de l’Enfant Jésus avait raison de nous suggérer : “Je choisis TOUT”, puisque l’énergie transfigure la nostalgie et que le grand vent de la Pentecôte revient depuis presque 2 000 ans renouveler la face de la terre par le frémissement de l’envol humain. La “source mystérieuse” nous attend, grave et rieuse : juvénile jubilation d’une inventive communion.

 

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