Quartier Saint-Florent de Strasbourg, une autre enseigne brille à l’entrée de l’ancien bureau de tabac : une immobile comète qui trotte a remplacé la civette ou carotte.

Antonio, Anuphong, Kamal, Pascal sont tombés sous l’aveugle coup du mal : syllabes amies d’une litanie.

Strasbourg, matin du 13 décembre 2018, au pied du grand sapin.

Ces martyrs tragiquement prouvent – nul ne le dément -, par leur sacrifice absurde et poignant dont la cicatrice se creuse à nos flancs dans la capitale de Noël, de l’Europe, que vont de pair ces deux horizons, qui galopent avec/pour nous hors de la nuit violente, hurlante, vers des puits.

Qu’est-ce donc qui console une crèche espagnole de voir qu’à Bethléem, en réduction même, s’impose près du puits l’exclusion ?

En l’ancien local odorant de vente, une autre nouvelle passe et vente que le prix du tabac, des journaux noirs et plats… Écoliers et bergers s’approchent dans un espace dansant vers un invisible aimant, écoutant par-dessus les roches.

On accourt avec ses moutons, ses cahiers, ses leçons.

Mais il faut prendre garde au mal qui rôde, qui va verser le sang des enfants innocents, à la folle insomnie du roi Hérode.

Il faut dormir pour que du rêve le salut puisse jaillir, que sur le sol il s’élève.

Alors la loyauté guide la royauté : les rois mages et savants nous rendent sages. Dorénavant, écoutez les carottes souterraines qui trottent pour peu qu’avec les Murciens nous tissions de nouveaux liens, pour peu que se métamorphosent les cloportes, que trop longtemps closes se rouvrent les portes, et que la neige vienne bénir la terre qui cesse de gémir.

Au seuil du dimanche, douce chute blanche, pour tisser un linceul laissant le deuil moins seul.

Quand “une fleur tout de même dans ce cloaque” (Alphonse Boudard) pousse, l’univers est moins sombre et moins opaque.

Affiche d’une crèche de quartier.

 

2 Replies to “La métamorphose des carottes.

  1. Ils sont toujours semblables aux saints innocents ceux qu’on a tués dans leur dos et dont les noms sont aux couleurs arc-en-ciel d’une humanité plurielle et d’une Europe accueillante. Oui, bénie soit la neige qui leur fait comme un linceul et bénies soient ces crèches si vivantes où le petit peuple porte des gilets de toutes les couleurs. Puissent les santons vivants de nos marchés de Noël retrouver cette humaine simplicité des santons de la crèche espagnole. A l’âne de la fuite en Egypte on donnera des carottes et on gagera que sa fuite ne sera pas pour rencontrer la mort dans le pays-refuge devenu le pays-tombeau. Que dégoulinent les courtines lumineuses sur nos façades après les larmes qui ont ravalé nos visages et que vienne Celui qui veut nous sauver.

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