En ce petit matin clair, le centième billet de Théâme a l’honneur de saluer Montesquieu, qui avouait au XVIIIe siècle , donc bien avant Henri Bergson et Marcel Proust, dans ses Cahiers intimes : “Je suis distrait ; je n’ai de mémoire que dans le cœur”. Comme ce grand gentilhomme du Bordelais savait, avec la grâce de toutes les Muses filles de Mémoire, passer du divertissement, pétillant de jeux essentiels, à l’étude reliant la mémoire du monde et l’avenir de l’humanité !

Ses Lettres persanes qui sont autant de pépites d’intelligence et son Esprit des Lois déroulant devant ses lecteurs un grandiose horizon de lois, créatrices à l’instar des lois cosmiques, prouvent l’utilité fédératrice de cette fonction pour tout homme honnête : Guillaume Barrera le confirme dans son étude intitulée Les Lois du monde et parue en 2009.

 

 

Certes, l’élégance et l’aisance changent l’auteur comme le lecteur de cette œuvre en honnête homme porteur des Lumières ; mais la mémoire du cœur fait de Montesquieu, surtout et pour toujours, un citoyen du monde, comme le montre cet autre extrait des Cahiers aux inflexions moins désuètes que vibrantes : “Si je savois quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterois de mon esprit. Si je savois quelque chose utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherois à l’oublier. Si je savois quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au Genre humain, je la regarderois comme un crime.”

 

Entre la “drôle de guerre” et l’hiver de la seconde guerre mondiale qui s’abattit sur la France comme sur l’Europe, dès 1941 l’éditeur Bernard Grasset fit acte de sereine résistance en publiant “Mes Pensées” de Montesquieu qu’il avait chèrement rassemblées et complétées.

Pour lui, Montesquieu y “fait surtout figure d’homme heureux”. Certes, celui qui avait terminé sa préface en disant avec le Corrège “Et moi aussi, je suis peintre” écrivait ensuite dans De l’esprit des lois : “il est mille fois plus aisé de faire le bien, que de le bien faire” ; mais tout est possible d’après les Cahiers de la Brède pour peu que l’on veuille avec cœur et raison hiérarchiser les intérêts pour exploiter ensemble, solidairement, un bonheur inaliénable autant qu’inépuisable : “La liberté, ce bien qui fait jouir de tous les biens”.

 

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