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“La joie suffit”, faisait dire à l’un de ses personnages Georges Bernanos dans La Joie, roman qui obtint en 1929 le prix Fémina, mais qui devait être le deuxième volet des Ténèbres, dont le premier s’appela L’Imposture. Ce titre de Joie est celui qu’a choisi François Cheng, Chinois de naissance,  en écho à l’œuvre qui est une huile sur toile de 30 x 60 cm créée par un Coréen, Kim En Joong : ils incarnent ensemble, chacun à sa manière, la métamorphose découlant d’un total déracinement et d’un choix radical, l’un s’étant nourri de culture française au point d’entrer à l’Académie française, l’autre ayant reçu le baptême, puis l’ordination dominicaine, jusqu’à déployer en d’innombrables facettes vibrantes l’art du vitrail.

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François Cheng est né pour le dialogue des gens comme pour celui des sens, tel Baudelaire, cet autre voyageur de la beauté, de la quête, donc des correspondancesLes parfums, les couleurs et les sons se répondent (Les Fleurs du mal, IV) : ainsi sont appelées à s’accorder la transparence du vitrail et la clarté de la parole.

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Le texte de François Cheng ici présenté est la version revue et corrigée en 2010 d’un article paru dans Le Figaro le 26 décembre 2009. “Car le partage et la communion, écrit François Cheng dans ce fascicule sans pagination, font partie de la joie, révélation de ce lien qui nous unit aux autres d’en-haut, et qui a nom transcendance”.

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“La joie en fin de compte, poursuit-il, est une conquête de l’esprit ; elle permet à l’âme de livrer son chant.” Mais, “si la joie résulte d’un processus plus ou moins long, sa manifestation est fulgurante : elle se produit toujours dans l’instant, un instant chargé d’inattendu et d’inespéré.” En effet, “en chacun de nous, chaque éveil est un recommencement du monde, source d’une joie inépuisable”. Les pratiques prosodiques et plastiques,  l’Occident et l’Orient, entrent en phase, non pour l’extase la plus fuyante, mais pour la plus profonde symphonie. Ainsi la méditation lyrique de François Cheng prélude à l’épanouissement de l’opus, ouvrant l’orée d’une année bien mieux qu’une carte de vœux : “En ce changement du temps cyclique, formulons le souhait que chaque jour qui se donne soit l’occasion pour chacun de renaître à la vraie vie.”

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Dès lors se resserrent les amitiés – tels les cordages d’un équipage – par-dessus les fossés frontaliers, parmi les coïncidences dansent les correspondances, tandis qu’une lumière fait résonner l’invisible toujours prêt à rayonner : car les bouquinistes, au fil des fleuves, nous tissent des harmonies toutes neuves…

 

4 Replies to “La Joie de Kim et de François.

  1. Ah ! “La Joie” de Bernanos qui ouvre ce THEAME ! Un de ces livres qui m’ont durablement marqué.
    ” Savoir prendre sa joie dans la joie des autres, c’est le secret du bonheur” dit dans ce roman M de Clergerie à Chantal.
    Et puisqu’avec tes thèmes tu nous donnes tant de joie…

    1. Oui, je crois que la vidéo diffusée par France 2 mérite le détour, même s’il dure presque une demi-heure. Quelle fécondité liée au verre, inépuisable autant que recyclable !

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