9782020230902 (1)
seuil.com

Citant au passage la formule de René Char Si l’homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, il finirait par ne plus voir ce qui vaut d’être regardé, un récent message présentait une intervention d’Henri Gougaud, accessible par un clic sur l’image qui figure ci-dessous. Ce professionnel du conte vivant y soulignera d’une manière plutôt implicite la parenté qui relie existentiellement autant qu’étymologiquement VIGueur et VIGilance ; il proposera dans la foulée que le conte appartienne désormais au Département de la poésie, et nous rappellera que, tout compte fait, le conte n’est pas forcément animé de fées, car toute (la) vie n’est point parsemée de roses.

 

Sur la même racine vibrent et se dessinent le compte, puis le conte et la supputation, le puits, peut-être pur, et la réputation… Est-ce qu’à l’image des savoureuses expériences devenant lumineuses c’est un lavoir que le savoir ? Oui, dans la source de toute pensée, les cervelles sont baignées, baptisées, imputant les ressorts, députant les accords. Dès lors, la réalité garde grandes et fécondes les plus vieilles légendes. Mais, si telle histoire naît, elle doit aussi mourir. D’autres délient nos doigts dans la matière infinie que pétrit une âme amie : on dirait un Esprit d’espérance pétri…

enlevement_europe
Enlèvement d’Europe : Joëlle Achkar, pheniciens.com .

C’est ainsi qu’EurOpe disparue fit apparaître l’Europe : née de l’obscur anonymat qui scintille dans la nuit des temps, enlevée aux yeux de son peuple, elle ouvrit ceux qui bourgeonnaient en Crète comme alentour, exaltant et dilatant les regards. Voyez comme le mythe fait femme et matrice quitte l’irréel par des actions fondatrices. Écoutez l’Orientale devenue invisible rendre, pour l’Occident, le monde visible, et ses frères aussi nombreux que lucides.

Qu’est-ce que l’initiation sinon commencer – dans une Forêt d’émeraude où merveilles et dangers rôdent – en profondeur, puis se sentir toujours lancé plus loin des haies vers de vraies baies, plus loin des torts vers d’autres ports ? Que de détours tragiques mènent de la panique au souci de la nature qui sert, en secret, mais dans un parfait concert, d’abord à nos naissances de berceau, puis à nos renaissances de terreau ! Faut-il disparaître parmi les tempêtes pour nous retrouver moins aveugles, moins bêtes, et pour renouer sans quenouille le fil, de l’onde aux grenouilles, du respect à la paix ?

La_foret_d_emeraude
cdarmangeat.blogspot.com

Tout est quête, sans cesse à son début, suscitant des orchestres de guimbardes sylvestres, nous guidant en avant, forts autant qu’émus, pour peu que la barbarie cruelle cède à la sauvagerie rebelle, pour peu qu’on veuille sauter dans l’inconnu pour sauver, pour peu qu’en la forêt des contes l’homme, au-delà des arrêts, monte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *