Mulhouse, rond-point Baden-Powell,
un arôme au long de l’été près des passants avait flotté sans montrer sa cachette : clérodendron, tel est le nom de cette discrète fleurette, arbre du clergé bouddhiste
qui vient enchanter nos pistes.

L’évangéliste Luc, juste après cette Journée de la misère, sera fêté demain dimanche : le suc du Verbe nous libère. Car, s’il est un BEAU qui reste NOUVEAU, c’est parce qu’une NOUVELLE jusqu’à nous ruisselle BELLE.

Le début de l’évangile ou Bonne Nouvelle de Luc est marqué par la nativité de Jésus, parmi les bêtes de Judée. Ce bovin nous ramène à l’Inde, pays du sanskrit et berceau de l’agriculture, donc du signe aleph qui lança l’alphabet. Gravure d’une Bible de Nuremberg (1763, cliché d’A. Hiebel).

D’après lui, le salut de l’ange s’adressa dans une humble maison à Marie, jeune fille, pour qu’à travers nos nuits cette annonce scintille, pour qu’à la joie sans fin la Galilée laissât place… Nous entendons à notre tour ses ondes éclaircir en cercles l’obscurité profonde. Car Luc est médecin contre tous les venins : adieu la maladie, et remercions la vie. Puisqu’il raconta Noël, le chant de Marie Noël peut prier avec nous en toute confiance, ainsi restaurer en nous l’intime alliance :

Ayez pitié, mon Dieu, de ceux qui se sont chargés de la croix des autres, de ceux qui se sont faits des sauveurs.

Sauveur de tous, donnez au médecin la Lumière.

Eclairez-le dans l’obscurité d’autrui, pour qu’obligé de pénétrer dans le secret des corps et des âmes, il ne se trompe pas de route et ne blesse rien en passant.

Donnez au médecin l’Amour, pour que, chargé de sa propre peine et sans refuge peut-être pour lui-même, il trouve toujours en soi une douceur, un abri, une force pour le désespéré qui l’attend.

Donnez au médecin la Grâce, pour qu’en son plus mauvais moment, dans son incertitude, sa faiblesse d’homme, son trouble, il reste toujours assez sage, toujours assez bon, toujours assez pur, digne de la douleur sacrée dont la foi s’est donnée à lui.

Donnez au médecin la Fidélité dans la miséricorde, pour qu’il n’oublie pas, n’abandonne jamais le moindre des misérables qui à lui se fie.

Donnez-lui la Force, ô mon Dieu, pour que le poids de tous ne vienne pas trop l’accabler, pour que la détresse qu’il porte n’atteigne pas trop sa joie, pour que la blessure qu’il panse ne lui fasse pas de mal.

Source : Marie Noël, Notes intimes, Stock, 1984.

Si l’évangéliste a peint la résurrection, le vieil homme change l’absurde protection en course de source vers le lever du Jour qui ne sera pas court. Déjà dans la langue sanskrite mystérieusement semble inscrite, depuis la nuit des temps jusqu’au progrès qui ment, la merveille de la veille : cette éternité de la Trinité, cette largesse de la tendresse, l’amour qui guérit de la violence et la vigilance qui bénit, unit…

Lionel Breistroff : Egregor Kosowo, 1999. L’égrégor(e) semble être à l’origine la transcription du verbe grec exprimant au parfait la résurrection en cours de communication :
en état d’éveil collectif, donc de communion progressive et définitive.

Alors les BEAUX fruits frémissent sans bruit.

Dans l’ambon sont sculptés le Verbe fait chair et les quatre porteurs de la Bonne Nouvelle ou évangélistes (on discerne Marc avec son symbole léonin), parmi les récoltes ornant l’église Saint-Barthélemy de Mulhouse.

Alors le Rosaire égrène les aires pour que sans peur poussent les fleurs : “L’esprit cherche et c’est le cœur qui trouve”, proclame George Sand sur un simple stand de marché… Voici que la marche déploie ses musicales arches pour que le BEAU puisse être porté par le fidèle ANGE MESSAGEr, comme une corolle qui reste et s’envole !

Mulhouse par la nouvelle lune, une rose rescapée d’un massif décoratif.

2 Replies to “La belle nouvelle.

  1. Les perles bleues du clérodendron semblent être des grains du rosaire ; les bouddhistes aussi ont leur chapelet pour prier avec leurs doigts. La rose qui “”est sans pourquoi” devient rose de prière : n’est-elle pas en ce temps où vivants et morts s’apprêtent à prier ensemble, répandue par la pluie de roses de la petite Thérèse inaugurant ce mois que Luc vient à son tour fleurir ? Merci à Marie Noël de prier avec nous, comme nous, pour les médecins, pour tous ces soignants que nous avons aimé saluer en les applaudissant, et qui continuent à se donner sans compter. Puisse l’ange-taureau de Luc, le “Vivant” d’aleph et d’Alleluia, se tenir à leurs côtés comme un donneur de forces. Et puisse l’autre don du même Luc, le peintre et l’écrivain, être aussi remercié. “Vigueur de ceux qui subjuguent la fortune de l’air et l’injectent à leur énigme”, s’écriait René Char. Vigueur de l’egregor des alchimistes. Merci à George Sand pour cet esprit qui cherche et ce coeur qui trouve. Les lettres de son prénom sourdent de cet egregor. Alors, oui, cherchons encore puisque tant reste à découvrir ou à interpréter. Rendons grâce aux peintres et aux écrivains qui eux aussi à leur façon prennent soin du monde, tâchant de lire les signes de la Beauté cachés sous les écorces du monde et, en leur donnant forme, de leur offrir une existence moins furtive…

    1. En cette Saint-René, merci à René Char comme à notre amie Anne : c’est elle qui m’avait envoyé la prière de Marie Noël pour les médecins, donc aussi pour tous ceux qui sont “renés” de leurs soins.

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