Eglise des dominicains à Strasbourg.

Entre sa fête d’Assomption et celle de son humble royauté, donc entre le 15 août et le 22, le calendrier nous laisse un peu de temps pour nous approcher de l’invisible présence appelée Marie de Nazareth, incarnée et/ou invoquée par tant de mères à l’enfant traversant la misère dans l’espérance, entre l’éphémère et l’éternel.

Eglise protestante St-Pierre le Jeune de Strasbourg : exposition “Bienveillance” d’Yvette Metz.

La Providence sait emprunter nos amitiés pour nous faire cheminer dans cette lumière à travers nos temps tourmentés, de l’éphémère à l’éternel, par exemple en passant par le souvenir d’Élise Bisschop dont le procès en béatification est en cours et par ses poèmes, comme L’Offrande du foyer

Nous vous offrons, Vierge Marie,
En son matin notre foyer
Pour qu’à jamais vous le gardiez
Tout au long de la vie.
Que sous votre regard aimant
Nous restions toujours deux enfants
Les yeux tournés vers leur Maman.

Nous vous offrons, Notre-Dame,
Et confions notre avenir,
Toute joie encore à venir
Que notre espoir réclame,
Mais aussi les soucis pesants,
Chaque peine et chaque tourment :
Portez-les avec nous, Maman.

Ces jours-ci, des films français tournés dans les années 60-70 et rediffusés par Arte nous permettent aussi de prendre, au-delà des apparences et de leur intense danse, l’éternelle mesure  des images éphémères : le fort Boyard, le hameau du Tomple, resurgissent aussi vifs que le visage aimé, que la candeur enfantine, intacts après la mortelle équipée des Aventuriers. De même, le goût du Diabolo Menthe rappelle l’essentiel à travers le récit fugace, mais bouleversant, de Charonne placé dans la bouche d’une lycéenne : ce personnage émerge à la responsabilité dans un des bocaux d’immaturité qu’étaient les lycées de jeunes filles avant mai 1968. Les mêmes années sont ensanglantées par beaucoup d’autres événements tragiques : citons l’assassinat du Prince Jean de Broglie, dont nous gardons le texte sans date écrit pour le Son et lumière de la cathédrale.

Voici comment s’exprime à travers lui Notre-Dame de Strasbourg parlant du croisillon sud, qui confronte d’une manière certes anachronique, mais existentielle, l’Horloge astronomique et le Pilier des anges, avant d’évoquer le vitrail du chœur :

Ils ont placé en ma chapelle le cadran de ce qui passe, une mécanique merveilleuse et bizarre, qui compte ce qui ne compte pas. Et celui qui ne regarde qu’elle ne verra point la rive où meurent enfin les longs étangs de sa détresse… Mon vitrail le plus jeune est celui de la Vierge de Strasbourg, qui écarte ses bras pour séparer les armées.

Le poète alsacien André Weckmann ajoute en allemand ces mots placés dans la même bouche de pierre et de prière :

Ich bin das Sehnen der Seele. Ich bin das Abenteuer, das die Himmel erstürmt. On pourrait les traduire ainsi : “Je suis l’aspiration de l’âme. Je suis l’aventure qui prend d’assaut les cieux”.

Laissons à nouveau la nuit tomber sur la ville, mais seulement pour voir se lever l’astre fertile.

Strasbourg, été 2018 : animation LuX.

Disons-le donc dans toutes les langues : que la paix soit plus douce que mangues, et que s’écrive l’avenir par des mains qui sachent tenir, pour les partager entre frères, les merveilles même éphémères. Car, nous dit Simone Weil dans L’Attente de Dieu, “La beauté est l’éternité ici-bas”.

Création de FAILE à Strasbourg, Musée d’Art Moderne et Contemporain.

 

 

 

 

 

One Reply to “L’éphémère, l’éternel.”

  1. En voici un billet de large vue européenne, écrivant : “our future is unwritten”, tant écrire est toujours inachevé et toujours en amont de nous, et quel titre bien choisi que cet éphémère à percevoir comme écrivain en secret d’un éternel dont il est le germe ! Les poètes l’ont su et Elise et André et ce Jean de Broglie, tous reliés à Marie et à Notre-Dame de Strasbourg dont la flèche domine à la fois l’Alsace et l’Europe. Mais il est juste et bon de faire place aussi aux petits frères, temples ou églises de la cathédrale avec les dominicains et saint Pierre le Jeune. Oui, Marie aux bras ouverts ou Marie porte-enfant portent les passagers fugaces que nous sommes, maintenant et jusqu’à l’heure de notre mort, et que certains beaux films ont saisi dans ce mystère des horloges du temps, ce “Temps, notre hôte et possédant”, murmure René Char en écho à Théâme.

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