Surprise à Mulhouse-Dornach : quel stop dit “hop, à l’Elysée” ?

Il faut savoir décoller sans pour autant décaler l’avenir par rapport à la mémoire, mais en souriant à d’invisibles gloires, à leur humour pétri d’amour… Les Anciens aspiraient aux calmes et larges étendues de palmes dont ils croyaient voir le signe au-delà de leurs découvertes et leurs combats : ces Champs Élysées aux allées ailées pour les ombres de lumière emballées. ÉLYSÉE,  n’est-ce pas le lieu dont provient le grain merveilleux, voire divin, de la Joie chantée par l’Ode de Schiller et par l’Europe sur tous les modes ?

Marchons sur d’autres Champs-Elysées, sur la trace d’ouvriers zélés !

Sous les rides, sentez couler la sève des rêves un jour jaillie pour circuler.

APAIZ… apaise la ronde des voitures et des trams à la Rotonde de Strasbourg-Cronenbourg.

Les songes ne peuvent pas s’arrêter : en gerbes, entre leurs doigts déjà va fructifier le verbe.

Quels rayons sous les roues ?

Il faut rester enfant en secret, en dedans, pour porter le miracle sous lequel ne renâcle aucun non, où nul son ne regimbe. Car un nimbe continue d’accompagner, voire de faire gagner, d’une courte avance qui s’incline et danse dans le grand sport contre la mort :

“Un jour, dit au début le Mémorandum de Dieu, tu as posé ta tête sur un oreiller d’herbe tendre dans le champ de ton père et tu as contemplé dans le firmament une cathédrale de nuages, sachant que tout l’or de Babylone serait à toi un jour.”

Frédéric Boyer dans sa Prairie semble revenir à cette vie : après l’appel lancé vers les Amis, après les bribes de fond des Vaches “scribes” – qui font dans nos échanges, comme des anges par leur dessin clair et certain, encore un socle pour nos binocles -, même sous le tissu tristement gris d’une bien trop étroite couverture le ciel résonne, frémit, puis palpite d’aventures et d’échos de psaume, cadeaux du Royaume.

“Dans ma prairie” de Frédéric Boyer, 2014.

Tu m’as tissé au cœur / de ma prairie / j’ai été fait dans le secret / des arbres /

modelé dans les espaces perdus / de ma prairie. //

Déjà là tes yeux voyaient / mon embryon /

avec herbes folles et / soleil / duvet d’oisillons / dans ma prairie.//

“Dans ma prairie” de Frédéric Boyer, quatrième de couverture.

Mais le deuil frappe à l’œil, puis à l’âme qui se pâme l’espace d’un instant : Peut-être pas immortelle, dit l’esprit qui se tend, mais sûrement éternelle…

Frédéric Boyer dialoguant le 4 juin 2019 avec Isabelle Baladine-Howald et le public dans la salle Blanche de la librairie Kléber à Strasbourg : présentation de sa traduction de Virgile “Le Souci de la terre“.

Alors Og Mandino donne voix à ces mots :

“Sèche tes larmes. Tends la main et prends la mienne, tiens-toi droit.
Laisse-moi couper le suaire qui t’emprisonnait.
Aujourd’hui, tu as reçu mon message.
Tu es le plus grand miracle du monde.
Je vous souhaite à tous de vivre ce grand miracle.”

Du coup, l’autoport d’Alsace délie même ses besaces, et le torse au soleil incarne le réveil le long des coulisses, sur le goudron lisse.

Autoport d’Alsace à Sausheim-Mulhouse, lieu-dit Île Napoléon.

Comme des tuyaux d’orgue les poids lourds vont s’assortir au grand buffet du jour.

Photos d’Edouard Elias exposées à la gare de Strasbourg, le long de sa façade vitrée : “A la rencontre des maîtres d’art du Grand-Est”. Ici, Yves Koenig, facteur d’orgues à Sarre-Union.

Alors s’explique toute musique, et le “Carnaval des animaux” de Saint-Saëns prend à nos oreilles, puis nos cœurs, tout son sens comme si nous arpentions un palais sans limite, plus accueillant qu’un mythe. En effet, si nous sommes sur des rails qui mènent la terre entière bien plus loin qu’un cimetière, n’est-ce pas pour devenir un vitrail, avec pour seule VISÉE la liberté partagée ?

En gare de Strasbourg s’ouvrent vigne et labour.

 

 

One Reply to “L’Elysée révisé.”

  1. Merci à la tisseuse d’odes qui sait collecter en tout lieu et tout temps des miracles: Passe la rue d’une ville où des ouvriers se logèrent, où des morts furent escortés. Son nom d’Elysée exauce le vœu de nos vies : toujours apparier mémoire et avenir, ne jamais fermer l’une toujours ouvrir l’autre. Et le second, tenace, répond sans doute de la première, obstinément gardée. On salue dans ces villes les poseurs de beauté: comme on rêve avec eux de s’envoler encore et même en bus, même en partant d’un autoport, ou de ces gares où l’orgue et ses facteurs s’exposent au passant. Et si l’on fait encore juste un pas de côté, de l’autre côté du bitume et des rails, comme un prélude aux champs de plus en plus élyséens, voici ma prairie, voici mes frère ou mes amis vos prairies, croyez avec Frédéric ou René que l’herbe y élève tendrement ses tiges et allume ses clartés, bonne aux fous, hostile aux bourreaux, providence des visages baignés de larmes, n’étant dure pour aucun de ceux qui, perdant leur chemin, souhaitent le perdre à jamais. Prairie ma préférée à toi aussi je le redis, entre marguerites et coquelicots, tu es le plus grand miracle du monde.

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