Lever de soleil sur la “Cité-des-Moulins” : Mulhouse (Haut-Rhin).

L’eau pour nos moulins    Veut courir sans fin

Changer en tendresse   Toute sécheresse.

“On est là”, crient les militants du climat :   Même épuisé, qui pourrait demeurer las ?

Et voici que la coïncidence

De l’imagination   Et de l’admiration

Fait qu’entre mes mains deux livres dansent,

Dans les mêmes tons de charbon de bois,   Comme tourbe exhumée par des charrois,

Parmi les mines et les bouses   De la plaine autour de Mulhouse.

Fullfilment, décembre 2017 : Amazon.

Mais cette plaine est pleine de hauteurs,   De clochers qui vous relèvent le cœur

Par-dessus toute folie, toute guerre :   Si, dès lors, la couleur coule dans la terre,

C’est pour réveiller des sources de fraîcheur,   Pour moudre la farine des chercheurs…

Clocher de Feldkirch ? La mère d’Emilie Erhard serait née dans ce village. Composition de Bernard Abel.

Non, ces teintes bistre   N’ont rien de sinistre :

Entre surréalisme et possession,   En audacieuse et vague procession,

Elles devinent et cheminent   Jusqu’à la Russie de Pouchkine.

Le baron d’Anthès, de Soultz (Haut-Rhin) ? En duel il tua le grand Pouchkine.

Dans ce noir   On croit voir

Et reconnaître   Soudain des êtres

Célèbres ou familiers :   Mais qui donc pourrait plier

Cette Émilie

Dont on cherche en vain dans ces feuilles l’œuvre,   Qui glisse au néant comme une couleuvre,

Que rien ne lie,

Pas même aucune réalité ?

Comme un artiste   Ouvrant des pistes,

Bernard Abel la fait exister

Par la seule magie des lignes   Qui l’incarnent et la désignent.

Tribunal sépulcral d’Emilie, par Bernard Abel.

Qu’il s’agisse donc d’Émilie Erhard   Ou de nous, rare reste le regard,

Toujours entre la révolte   Et l’improbable récolte.

Visage non réel et pourtant immortel, par Bernard Abel.

Voilà qu’on retrouve étrangement   Dans un livre encore plus récent,

Feldkirch, la Russie,   Des nuances roussies,

Paroles et destin   Jaillissant de dessins.

Mais cette fois l’histoire   Est tissée de mémoire.

Futuropolis, octobre 2018 : ce volume graphique de Philippe Collin et de Sébastien Goethals est dédié “A toute la jeunesse d’Europe”.

Marcel GROB    A, d’un lob

Léger comme une chiquenaude,   Renvoyé la camarde qui rôde.

Le Voyage de Marcel Grob” : le salut par le sport ?

Ainsi pirouette le sort    Sur la neige et la mort,

Lorsque l’amitié fidèle   Donne de meilleures ailes

Aux “sapeurs malgré-nous” que les vapeurs    Distillées par la haine et par la peur.

“Le Voyage de Marcel Grob” : le salut par la littérature ?

En Italie l’arbouse   Ne valait pas Mulhouse,

Ses carreaux,   Ses cours d’eau…

L’on a poursuivi Marcel la victime   Qui fut tour à tour – entre deux abîmes,

Le bolchévique et le nazi –   Menacé, protégé, trahi.

Contre le paysan fruste,   La paix s’est montrée injuste,

Retournant au monde ancien, Aveugle au peuple alsacien,

Procédurière   Et policière.

Mais, 9 ans jour pour jour après son décès   (Hanté par les démons qu’il croyait défaits),

Marcel se désaltère, se délivre,   Dans les planches et les bulles d’un livre

Nées des yeux dessillés d’un petit-neveu :   Son amende honorable accomplit un vœu

Bouleversant pour le jeune homme   Qui trop “GROssièrement” se nomme

Et qui n’avait pu dire non    Aux chefs de la chair à canon.

Quatrième de couverture de ce terrible “Voyage” (Futuropolis) : jamais hagard n’est le regard du “brave soldat” GROb.

Ainsi tournent aux moulins les roues   Mulhousiennes qui changent la boue

En canal    Musical,

En une aurore   De Folie’Flore

Où l’ADN dans notre nuit    Mûrit et meut ses fruits sans bruit.

Animation de Folie’Flore 2018.

Voyez la mobilité réduite    Ou les gestes qui semblent sans suite

Puiser dans les sentiers    Plus que l’or des rentiers :

La joie d’avancer ensemble   Même quand le souffle tremble,

Comme si les fleurs    Effaçaient les pleurs.

Tableau composé par les élèves du collège Villon.

De pareilles scènes végétales

Donnent le coup d’envoi   D’un accord sans émoi,

Ne pouvant qu’épanouir les pétales

De chaque existence : le mal   Se change lentement en val

Pour que des aubes moins veules    Actionnent plus fort les meules

Et que le fidèle grain    Devienne encore du pain

Dans les villages,   De page en âge !

Nature forte d’Ottmarsheim.

Entre océans   Et monts géants,

Il suffit de quelques gouttes en voûte   Pour que vole en éclats leur vieille croûte

Et que les étrangers se mettent à ranger,

Au premier plan des armes   Luttant contre les larmes,

La distance à même de vaincre le danger.

Nature vive d’Illzach.

Ainsi, au sommet du Soulier de satin de Paul Claudel (huitième scène de la troisième Journée, à Mogador dans “une tente sur le sable au bord de l’Océan”), entre la présence subie de son mari Don Camille et l’apparition de Don Rodrigue l’interdit, Doña Prouhèze parle à travers son sommeil au cristallin grain de chapelet que vient de lui rendre le premier et qui semble faire miraculeusement surgir le second du fin fond du Japon :

Cette larme thésaurisée. Ce diamant inaltérable. Cette perle unique. 

L’eau retrouvée.

Cette goutte d’eau que convoitait le Mauvais Riche au bout du doigt de Lazare et qui est de tout le centuple. Cette espérance avec moi. La semence du jour futur.

Sur l’écran au fond de la scène apparaît, d’abord vague, puis plus précise, l’image bleuâtre du Globe terrestre.

Mais ai-je dit que je tenais cette goutte d’eau ? C’est moi qui tiens en elle.”

La thématique de Folie’Flore 2018 est le Japon.

 

 

 

 

 

 

2 Replies to “L’eau pour nos moulins.

  1. Theâme comme tu fais bien tourner les moulins de mon cœur natif de Mulhouse. La rouge roue à aubes croise les mains noires d”Emilie dont un Abel recueille la Buée, afin que, buée des buées, tout ne soit pas seulement buée. Malgrè tout, la nuit et le brouillard envahirent la plaine d”Alsace au moment du terrible Gauleiter Walter. C’est ainsi que bien malgré lui, Marcel Grob devint un de ceux qu’on appela les ” malgré nous”. Telle fut pour lui la roue du destin, un parmi dix mile Alsaciens enrôlés ” malgré eux” et dont se souvient une sculpture sur une place de Wintzenheim. Pourtant à deux générations de là il y a des volontés qui frémissent, des murmures qui veulent s’offrir comme des fleurs et des enfants sains et saufs qui découvrent. Ils nous confient leur devise appuyée sur des lichens et des écorces.” Plante tes idées. Arrose tes rêves. Récolte tes projets.” Alors les moulins de nos cœurs pourront encore tourner.

  2. Ô combien vos mots si bien choisis mettent de l’harmonie dans le voyage de ma vie et permettent cette douce mélodie agitant les ailes de mon âme, faisant ainsi tourbillonner mon cœur au rythme d’ une folle farandole
    Je saisis à la volée ces belles découvertes que vous nous livrez , Cadeaux merveilleux piochés de ci de là, offerts généreusement !
    A pas de géant, je me laisse transporter du passé au présent et vis versa augmentant mes connaissances.
    Vous élargissez le cercle de l ‘amitié en resserrant les liens qui nous unissent et nous rapprochent .

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