Sur le Rhin en eaux basses, le bac de Drusenheim (Alsace).

Pleurs de sécheresse, trop-plein de détresses, maigreur des enfants, fureur des soignants, béant mystère de la misère… Où donc va le progrès, bourrelé de regrets ?

Sur la rive gauche du Rhin.

Dans quels déboires se noie l’histoire ?… Sur le malheur sempiternel, sur les naufrages, ricochent les cris fraternels d’un sauvetage qui devrait racheter même nos lâchetés, tendu vers un rivage où survivent les âges.

Embarcadère rhénan à Drusenheim (Bas-Rhin) sous les trois drapeaux : français, allemand et européen.

Tantôt les grands fleuves ressemblent à la mer que Rimbaud décrivait, dans son « Enfance » des Illuminations, « faite d’une éternité de chaudes larmes », tantôt ils jouent avec la lumière à l’humble manière des rivières, assurant joyeusement le guet dans la mémoire d’Anne Miguet présente en ses livres et sur Théâme, toujours aux aguets pour le corps et l’âme.

La Sorgue

Rivière trop tôt partie, d’une traite, sans compagnon,
Donne aux enfants de mon pays le visage de ta passion.

Rivière où l’éclair finit et où commence ma maison,
Qui roule aux marches d’oubli la rocaille de ma raison.

Rivière, en toi terre est frisson, soleil anxiété.
Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son pain de ta moisson.

Rivière souvent punie, rivière à l’abandon.

Rivière des apprentis à la calleuse condition,
Il n’est vent qui ne fléchisse à la crête de tes sillons.

Rivière de l’âme vide, de la guenille et du soupçon,
Du vieux malheur qui se dévide, de l’ormeau, de la compassion.

Rivière des farfelus, des fiévreux, des équarrisseurs,
Du soleil lâchant sa charrue pour s’acoquiner au menteur.

Rivière des meilleurs que soi, rivière des brouillards éclos,
De la lampe qui désaltère l’angoisse autour de son chapeau.

Rivière des égards au songe, rivière qui rouille le fer,
Où les étoiles ont cette ombre qu’elles refusent à la mer.

Rivière des pouvoirs transmis et du cri embouquant les eaux,
De l’ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau.

Rivière au cœur jamais détruit dans ce monde fou de prison,
Garde-nous violent et ami des abeilles de l’horizon.

René Char, extrait de Fureur et mystère, 1948, © Éditions Gallimard

A Drusenheim, sur le chemin, quelle est cette « Rose du Rhin » ?

Contre les peurs blêmes, gardons l’Œil Ouvert et, face aux problèmes, assainissons l’air. La construction de l’Eur-Ope est seule à pouvoir enrayer l’échec veule en se liguant contre la perte du climat, contre le désespoir et l’égoïsme las… Parfois, la douche froide laisse l’être moins roide : ainsi bouillonne le baptême de l’Esprit pour réveiller le cœur dans la chair qui flétrit.

Un des jouets de la petite Thérèse aux Buissonnets : l’Enfant-Jésus veille sous la voile du bateau miniature où flotte un vers du Cantique des cantiques (« Je dors, mais mon coeur veille »).

Nous attendons une pluie de grâces sur notre suie, et pour la pauvre terre d’ici l’eau de là qui, surgie, assouvit. Car de nos vieux ÉViers l’ÈVe reflète la sève d’Ève, dont vers nous la vie se lève – juste au seuil du paradis. Il a suffi qu’une Thérèse, jeune fille morte pourtant depuis longtemps, porte une parole muette qui coule et brille des océans aux continents…

One Reply to “L’eau de là.”

  1. Comme les eaux du Rhin à Drusenheim voisinent bien avec la Sorgue de Char, avec ses farfelus, ses fiévreux, ses équarisseurs, et comme il juste et bon de méditer auprès de la plus douce des âmes celle de la petite Thérèse, sur ce  » garde-nous violents » Oui comme le dit un autre poète des rivières et des fleuves , c’est l’espérance qui est violente, et même la petite Thérèse qui cite le cantique des cantiques connaît cette violence amoureuse des grandes eaux incapables d’éteindre l’amour. Sur de telles eaux voguent les petits bateaux de nos âmes, mais oui mon gros bêta de frère âne, ces petits bateaux ont des âmes sans quoi ils ne voleraient pas par dessus rapides et tempêtes et tous nous aurions bientôt la noyée autour du cou, et ne serions que pleurantes Loreleï. Alors puissent les eaux de là, rejoindre les eaux de l »au delà, les quatre fleuves baignant le jardin d’Eden

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