Ce mot-valise inspiré par une amie nous invite à partir, en un voyage fantastique et plastique, vers la contrée familière autant qu’essentielle appelée l’amitié.

C’est elle qui est assez proche de la musique pour nous porter avec grâce, et d’Europe fondatrice pour changer en réconciliation le chaos des carnages révoltants ou des pires naufrages.

C’est elle qui est assez élastique pour se prêter aux distances, assez douce pour accorder au moindre signe de misère la discrétion avec l’attention nécessaire, et le soin le plus tendre aux besoins qui ne peuvent attendre.

Elle est assez magique pour pousser devant vous, sans que vous vous en doutiez ou vous y attendiez dans votre morne solitude, les portes les plus invisibles ou les plus lourdes, la liberté la plus solidaire et les projets les plus inespérés.

Elle est assez mystique pour vous initier à la réalité, pour vous faire avancer dans un silence de rigueur et de cœur, dans des secrets de l’âme qui les découvre alors en les partageant dans une  profonde ronde, sur une onde féconde, sur les eaux chatoyantes des réseaux : sur les pentes de l’amitié, d’autres sentiers nous inventent, simples à parcourir ensemble, humer, offrir, dans l’heureuse brise de ce mot-balise…

Le grand Augustin d’Hippone le savait : il fut le pont entre l’Afrique et l’Europe, culture classique et christianisme, la solide passerelle entre l’Antiquité si riche et le Moyen Âge si fertile, en traversant l’épreuve du feu que furent les invasions barbares ! Son nom d’ailleurs est connoté par la grandeur à communiquer, par l’AUGmentation à opérer, par la garantie à donner, par la croissance à favoriser, comme l’indiquent les termes d’AUteur et d’AUtorité. De fait, à la suite de Cicéron que nous avons déjà vu sous un jour proche de la mystique, Cicéron qu’AUGustin admirait tant et qui combattait encore à la fin de sa vie les détracteurs de l’amitié en s’écriant “Ah ! sagesse étincelante ! Car ils semblent ôter à l’univers son soleil, ceux qui ôtent à la vie l’amitié”, AUGustin fut l’ami parfait. Il ouvrit même la page immense de l’amitié fondatrice avec Dieu dans ses Confessions, tout en comptant ses futurs  lecteurs  innombrables, dont Jean-Jacques Rousseau, parmi ses amis d’écriture et d’éternité.

Qu’en ce jour de sa fête il soit permis de relire avec lui l’instant qui changea sa vie (Confessions, VIII, 12). Entendant à Milan une comptine monter du jardin voisin jusqu’à la chambre de sa tristesse, Augustin obéit obscurément au chant de l’ordre enfantin répété : “Saisis et lis ! Saisis et lis !”. L’ouvrage qui se présenta fut celui de la Nouvelle Alliance, où l’apôtre Paul donne le conseil de “revêtir” la stature de l’homme nouveau, le Christ (Lettre aux Romains 13, 13) : en lui, les “ténèbres du doute” s’évanouirent immédiatement devant “une clarté de sérénité”, son ami Alypius tout proche fut touché par un rayon parallèle de la même lumière évangélique et sa mère Monique se réjouit, au présent dans le texte latin, en rendant grâce à la présence de Dieu, toujours puissant, car tout aimant : “elle Te bénissait, Toi qui es puissant, donc agissant, au-delà de nos exigences et de notre intelligence”. (Traduction du latin proposée par Théâme pour ces extraits de Cicéron et d’Augustin.)

Ainsi la mystique est amicale et musicale ; ainsi l’amitié sait changer les ruines en écoute pour éclaircir le ciel : en quelque sorte pour l’approfondir.

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