Mulhouse : friche transfigurée.

Les vieilles usines parfois s’illuminent. A leurs pieds, les ruchers deviennent des rochers d’aide, de miel et d’ailes par-dessus l’espoir frêle.

Mulhouse : ruches sur friche.

Puis l’iris ouvre l’œil, reste en équilibre, et le mur se fait seuil au fil de l’air libre.

Cour dans un faubourg de Mulhouse.

Il faut aussi dire merci aux services de l’ombre œuvrant pour le grand nombre.

Mulhouse-Dornach : au coronavirus répondent des couronnes de roses et de gratitude.

On croit alors réentendre la voix de Péguy : car… il était une fois, dans l’ample ciel de l’enfance, une flamme qui s’avance pour garder la fraîcheur vitale à tous les cœurs.

Mulhouse, ligne rose des Vosges ce 17 avril 2020.

Mais le cri de Christophe, quoique rauque, a volé dans l’air libre. Son ouïe vibre, nous faisant décoller haut sur les catastrophes et venant épauler l’esprit du poète : avec des “mots bleus” au-delà de nos vœux, il atteint nos têtes, lui le compositeur chanteur, loin d'”Aline” ou des “Marionnettes”, payant joyeusement sa dette, avec des acteurs amateurs.

Capture d’écran à la fin du film “Jeanne” de Bruno Dumont : Lise Leplat-Prudhomme.

Non pas sénile, mais juvénile, est-il rentré chez lui, sous son burnous priant, tandis que nous “restons chez nous” ? En tout cas, longuement rayonnent, grâce à lui, de Guillaume Evrard l’âme, l’air libre et le regard pour qu’en nous l’essentiel résonne.

“Et les hurlements fous d’éternelle souffrance,

Et les hurlements fous d’éternelle prière

Seront comme un silence au flot de la souffrance

Noyés comme un silence au flot de la souffrance :

Car ta mort éternelle est une mort vivante,

une vie intuable, indéfaisable”…

Charles Péguy, Jeanne d’Arc, Troisième Pièce, Rouen, Deuxième Acte.

Capture d’écran : Christophe INTERPRETE Guillaume Evrard à la fin de l’adaptation par Bruno Dumont de la “Jeanne d’Arc” de Charles Péguy.

2 Replies to “L’air libre.

  1. Ah, cet “air libre”, comme nous le chantons mieux dès lors qu’il vient à nous manquer, dès lors que le confinement lui assigne résidence : “Tu nous as passé liberté tes courroies de sable”, chante René Char. Mais c’est inlassablement que Théâme retend pour nous des air de quelqu’un, des airs de Christophe ou des airs des deux Jeanne, celle de Péguy et celle de Dumont. Qu’il soit république ou royaume, celui de France est “en grand péril”. Les “ruches d’or de l’invisible”, chères à Rilke en français dans le texte, où les trouverons-nous sinon au pied des friches ? A quelle rivière adresserons-nous cette prière encore de Char, “rivière au coeur jamais détruit” : “dans ce monde fou de prison, garde-nous violent et ami des abeilles de l’horizon” ? Bénie soit alors toute fenêtre qui tient ouverte et violente à pleurer la beauté des célestes nuées. Bénis soient aussi ceux qui savent remercier nos sept chevaliers à la rose : éducateurs, magasiniers, caissières, caristes, livreurs, chauffeurs, routiers et tant d’autres héros discrets qui ne firent nulle guerre, mais qui sauvent le royaume ou la république de Douce France.

    1. Merci à toi, soeur Anne en poésie qui vois venir l’invisible, toi la veilleuse travailleuse tard couchée, tôt levée, qui donnes l’espace aux airs des futurs chanteurs dormant dans leurs petits lits comme aux fidèles créateurs dont l’inspiration souffle, à pleine musique, dans ton “coeur jamais détruit” par la fatigue des jours ni par les laborieuses “abeilles de l’horizon”.

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