Mulhouse, buissons en fleurs sur le canal de l’Ill.

Sur le globe, tous sur le qui-vive, et nos coteaux sans âme qui vive ? Cette année, les Rameaux ne courront pas les rues. Ils prieront en réseaux, d’une harmonie ténue, comme on verse un terreau qui nourrira la mue. Cultivons donc notre jardin, selon le conseil de Voltaire, mais nous rappelant que la terre cultive ainsi la solidaire liberté, fertile en matins.

Entretien printanier d’un parc résidentiel.

Et l’arbre grandira tout au long des façades, et Pâques poussera toutes nos palissades. JOUONS LE JEU bien qu’il soit un peu triste quand, de masques marqués, nous sommes démasqués. Puis, même à l’improviste, NOUONS NOS VŒUX : veillons derrière nos fenêtres à la santé qui va renaître.

Capture d’écran : le film “Wadjda“.

Alors l’ombre désertera nos fronts, enfin l’enfantine marelle jettera la passerelle menant du sol au ciel. Déjà les ponts de l’antique miséricorde sonnaient pour sauver les parias. Au guerrier grec Philoctète s’allia dans le théâtre de Sophocle la jeunesse de Néoptolème : ce fils d’Achille s’empresse de venir tarir le nauséabond pus des plaies et les larmes couvrant les yeux de sombres taies.

Dans un théâtre antique en Turquie.

Mais quel mal serait plus cruel que la trahison ? Néoptolème ouvre dans “l’aire du soupçon” toute grande l’issue de claire délivrance lorsque ses compagnons perçoivent des souffrances, prêts à prendre Philoctète à bord du navire, à le tirer du sort qui rend son nom dérisoire (“Amateur-de-trésors” ?) comme toute vaine gloire, et le condamnait à mort :

Celui-ci, sans être parmi les ancestrales – sans doute –

Les ancestrales maisons, à nulle inférieur,

Sans avoir à rien sa part dans la vie,

Gît seul loin des autres,

Ayant multicolores ou touffues alentour

Les bêtes sauvages, dans les douleurs en même temps

Que dans la faim suscitant la pitié, par d’incurables

Soucis tenu sous leur poids ;

Et, sans porte devant sa bouche,

L’écho très loin sonnant par d’amers

Gémissements coule et se répand.

SOPHOCLE, Philoctète, le choeur des marins vv. 180-190, traduction littérale proposée par Théâme.

Caverne moderne, notre conFINement conFINe à l’inFINi, comme pour Philoctète dont l’ISOLement sur une ÎLe attend, dont la plainte halète ; et parfois un message arrive sans un pli, pour peu que la mission mise en œuvre s’assure d’arriver à bon port en dépit des fissures. Nulle détention – lorsque l’attention nargue les bagarres, change en commencements vrais les déNOUEments, largue les amarres… NOUONS NOS VŒUX pour des réalisations nouvelles et, pour des solutions réelles, JOUONS LE JEU.

Distribution du courrier postal par temps de confinement.

Mais la bête est tapie dans d’insupportables camps qui semblaient aux oubliettes, dans nos cueillettes de miettes entre les barreaux du temps, dans nos têtes amies et dans nos corps en désaccord.

Illustration de Gabriel LANDRY pour l’ouvrage de Jean-Pierre PREVOST,
Au-delà de l’Apocalypse” (ici figure du chapitre 13), Editions Novalis, 2010 : ailleurs appelée vraisemblablement “Légion” (Mc 5, 9), la Bête paraît arborer “dix cornes sur les sept têtes, avec dix diadèmes sur chaque corne” (Ap 13, 1).

Aspirons l’espérance pour briser sa constance, non comme de nobles héros, mais comme ennemis du zéro. “Ounhaïmlik” en alsacien : sommes-nous la proie d’un “exil intérieur” qui nous prive de joie ? Ensemble, tentons plutôt de JOUER LE JEU tout en cherchant à tresser et NOUER NOS VŒUX. L’arche d’alliance, avant que l’arc-en-ciel nous scelle en l’essentiel, est de confiance : sous les hosanna s’avance un ânon qui porte le Porteur de tous les dons, même des “reNOUailles” avec nos chers disparus, même des retrouvailles avec nos futurs débuts.

“Message Biblique” de Marc Chagall, Editions de la Réunion des musées nationaux,
Paris, 1996.

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