Jeux d’enfants ou de grands.

A Strasbourg, la rue du Jeu des Enfants s’anime sous des doigts mystérieux, cliché Théâme.

Rue du Jeu des Enfants courent des pieds charmants : même les poissons sortent des chambres les plus fortes – mais au grand dam du macadam.

Rue du Jeu des Enfants, Saint-Pierre le Vieux se sent rajeunir, cliché Théâme.

Quels marioles nous bariolent sous un lait de couleurs qui coule à flots sans heurts au ciel comme sur la terre, qui semble effacer les guerres ? Nous ne le saurons pas, mais que dansent les pas !

La rue s’aère et se libère : soudain, Jean Mermoz semble absent-présent par le vibrant hommage que lui rend encore Antoine, son généreux camarade dont le corps est pourtant prisonnier d’une rade…

Buste en bronze de Jean Mermoz par Lucien Gibert, cliché Théâme.

Et cependant, nous avons tous connu les voyages, où, tout à coup, à la lumière d’un point de vue particulier, à deux heures de l’escale, nous avons ressenti notre éloignement comme nous ne l’eussions pas ressenti aux Indes, et d’où nous n’espérions plus revenir.

Ainsi, lorsque Mermoz, pour la première fois, franchit l’Atlantique Sud en hydravion, il aborda, vers la tombée du jour, – 16 – la région du Pot-au-Noir. Il vit, en face de lui, se resserrer, de minute en minute, les queues de tornades, comme on voit se bâtir un mur, puis la nuit s’établir sur ces préparatifs, et les dissimuler. Et quand, une heure plus tard, il se faufila sous les nuages, il déboucha dans un royaume fantastique.

Des trombes marines se dressaient là accumulées et en apparence immobiles comme les piliers noirs d’un temple. Elles supportaient, renflées à leurs extrémités, la voûte sombre et basse de la tempête, mais, au travers des déchirures de la voûte, des pans de lumière tombaient, et la pleine lune rayonnait, entre les piliers, sur les dalles froides de la mer. Et Mermoz poursuivit sa route à travers ces ruines inhabitées, obliquant d’un chenal de lumière à l’autre, contournant ces piliers géants où, sans doute, grondait l’ascension de la mer, marchant quatre heures, le long de ces coulées de lune, vers la sortie du temple. Et ce spectacle était si écrasant que Mermoz, une fois le Pot-au-Noir franchi, s’aperçut qu’il n’avait pas eu peur. [Antoine de Saint-Exupéry, Terre des hommes, 1939.]

Strasbourg, rue du Jeu des Enfants : l’immeuble danse avec un mobile, cliché Théâme.

“Les Sentiers du laitier” d’Émir Kusturica nous emmènent ainsi plus loin que le mica de l’absurde et l’absolue violence, jusqu’à la beauté sans indolence.

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Vous verrez les quatre éléments domptés par un rire héroïque, puis un puissant mouvement magnétique ou bien démiurgique prendre en ses anneaux tous les animaux, les extraire des leurres de l’espace et de l’heure… Homère, Socrate et Kant dûment convoqués en restent bouche bée et comme interloqués, face à l’action  magique de la seule musique : battant, régnant, dans les cœurs tant qu’ils vivent entre deux coups, deux rives. Soyons enfants pour être grands, pour jouer juste – et moins fruste !

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