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Jubé de St-Pierre-le-Jeune à Strasbourg, cliché Théâme.

A Strasbourg si riche en édifices qui traversèrent l’histoire, sur les deux rives du canal intérieur, deux églises sont consacrées à saint Pierre le Jeune : est-ce à dire que ce personnage se distingue doublement des… vieilles pierres ? Le fait est  que la plus ancienne s’orne d’un jubé monumental et musical, incarnant l’inscription latine lisible entre l’orgue et le Crucifié : “Craindre le Seigneur est initiateur, sans nulle cesse, de la sagesse”, comme on peut le ressentir face au symbole bovin de l’évangéliste Luc, ou bien face au linge tendu par Véronique et déchirant l’écran sous un regard unique. Il suffit de passer un pont : la pierre devient troncs et fronts.

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Joseph dans l’église catholique St-Pierre-le-Jeune à Strasbourg, cliché Théâme.

Car Joseph veille à la sève de nos charpentes, et déjà le jeune Charles jaillit dans un essor d’or que rien ne vieillit…

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Charles de Foucauld, icône anonyme dans le déambulatoire de l’église catholique St-Pierre-le-Jeune, cliché Théâme.

… tandis qu’un fidèle Enfant nous accueille, jetant un regard bref au nourricier Joseph à travers des pierres en fleurs et feuilles.

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Vierge à l’Enfant, église catholique St-Pierre-le-Jeune, cliché Théâme.

Au-delà de l’absence, un éclat chante là, comme une route surgie du doute, comme une chaleur écartant la peur, comme une espérance ouverte aux présences, aux desseins sans fin d’un autre dessin.

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Dans un bas-côté de l’église protestante St-Pierre-le-Jeune, cliché Théâme.

Dès lors, plus fort que les sirènes, rayonne la voix souveraine : un murmure unit les regards dès qu’approche un air de Mozart et, le long de la nef, l’Europe convoquée par des liens italiens accepte d’être ensemble encordée, embarquée… En se levant, le vent nous entraîne en Avent ; nous sommes plus fragiles que l’argile, mais il suffit d’une Main juvénile pour nous façonner en de frais piliers – d’après Isaïe et sa prophétie – que la mort ne fera jamais plier (Is 64) : voici que de jeunes pierres frémissent comme du lierre à force d’écouter germer d’autres clartés.

4 Replies to “Jeunes pierres.

  1. La peinture du jubé date de 1620 selon l’inscription, mais le jubé est bien antérieur.
    “Timor domini initium sapientiae ” signifie pour moi : la crainte du Maître est ( ou constitue) le début de la sagesse” . Je ne trouve pas ” sans nulle cesse” dans l’inscription !

    1. C’est tout à fait vrai, chère ex-collègue et toujours amie, que je remercie aussi pour tes précisions chronologiques sur ce jubé sublime : l’absence du verbe permettant de relier à cette crainte singulière – moins inhibitrice que libératrice – sa définition, ou plutôt son effet, suggère (outre une facile solution métrique !) la permanence de la relation particulière entre le Maître et l’être humain. Car Il l’éveille à l’essentiel en suscitant, puis nourrissant, son goût, spécialement pour une SAveur au-delà des sens, que le latin rend bien dans le verset 10 du psaume 110, qui conduit à la SAgesse au-delà du SAvoir et qu’évoque à merveille la musique respirant si souvent par cette clôture en ouverture! Le JUBE porte d’ailleurs le nom donné par l’impératif latin qui lance la prière précédant les lectures des Matines : “ORDONNE, Seigneur, de bénir…” Bref, à très bientôt pour d’autres échanges.

  2. Au-delà d’un regard renouvelé et d’une invitation merveilleuse à revenir se recueillir à St-Pierre-le-Jeune, je découvre que Mozart a écrit un “Ascanio in Alba” et que Lorna Windsor est une de nos très grandes voix.
    THEAME…c’est aussi ces partages, ces rencontres et ces découvertes.
    Avec THEAME , plus encore qu’avec tout autre site ou blog, est pleinement vraie cette idée essentielle dans ma vie, et au coeur d’une de mes chansons “Je suis riche de tout ce que je ne sais pas, je suis riche de tous les livres qu’il me reste à lire, de toutes les musiques qu’il me reste à découvrir, de toutes les villes qu’il me reste à parcourir, de tous….de toutes….”.
    Merci THEAME, merci LA VIE !

    1. Et merci aux amis qui travaillent à la richesse de l’inépuisable tendresse, où la clé des chants rouvre largement des voies de sagesse au sons inouïs d’un nouvel oui…

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