Jacques Le Goff : “Comment peut-on être Européen ?”


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 Voilà presque sept ans, l’historien Jacques Le Goff qui vient de nous quitter à 90 ans rééditait au Seuil son ouvrage “L’Europe expliquée aux jeunes” avec une illustration d’Olivier Balez. L’un de ses brefs chapitres clairs, en paraphrasant la fameuse question posée par les Parisiens dans une célèbre fiction épistolaire de Montesquieu, s’intitule à la page 30 : “Comment peut-on être Européen ?”

Il indique des pistes de réponse à parcourir ensemble concrètement.

Il part du mythe appelé l’enlèvement d’Europe (du Levant au Couchant) et présenté précisément dans… Les Perses d’Eschyle dès le Ve siècle avant notre ère (pages 31-33). “De ses origines, Europe conserve deux caractéristiques : c’est une femme, une belle femme, digne d’être aimée ; c’est un mythe, une histoire inventée pour expliquer une origine mystérieuse, et elle attend encore de se transformer en réalité concrète.

Ce continent a désormais un nom, mais quelle direction va prendre son histoire ? Va-t-il, à l’instar de la princesse légendaire qui lui a donné son nom, devenir une personne, c’est-à-dire se construire une unité ? Ou au contraire va-t-il rester un mythe, un rêve loin de la réalité de peuples multiples et divers, un continent fait d’Européens sans Europe ?”

Le tour d’horizon de Jacques Le Goff, aussi digne d’une Large-Vue impliquée par le nom d’EurOpe que de l’enquête définissant la science historique, s’ouvre sur cette conviction du savant qui coïncide avec une mission à confier aux enfants comme aux petits-enfants (page 142) :

“Je crois que la réalisation d’une belle et bonne Europe est le grand projet confié à votre génération. On a besoin, surtout quand on est jeune, d’un grand but qui soit un idéal et une passion. Passionnez-vous pour la construction européenne, elle le mérite. Si vous aidez à bien la réaliser, elle vous comblera, même si vous devez affronter des épreuves.  Rien de grand ne s’obtient sans effort.

Et n’oubliez pas non plus, s’il vous plaît, que rien de bon ne se fait sans mémoire et que l’histoire est faite pour vous offrir une mémoire juste qui, par le passé, éclairera votre présent et votre avenir.”

Qu’Europe débouche donc sur un jeu(rope) de cordes, d’accords et de pistes sans… égoïsme et sans fin relancées, avec les solides atouts que sont jeunesse et mouvement ! Car, si l’on naît Européen, on ne peut l’être réellement qu’en le devenant mieux chaque jour, donc qu’en essayant, à la suite d’Europe et de Bergson, d'”agir en homme de pensée” et de “penser en homme d’action”.

 

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