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Même si les horaires et la fréquentation risquent de vous décourager, ne manquez pas ce long métrage de Tony Gatlif qui en dit long sur notre monde : “ça ira”, comme le répète Betty dans sa langue africaine d’un bout à l’autre de son odyssée européenne, de Grèce en Espagne, puis en Grèce et encore en Espagne en passant par les camps et Paris, d’espérance en errance…

Mais Europe elle-même, voilà trois mille ans déjà, n’a-t-elle pas donné naissance à l’Europe comme une immigrée, forcée de prendre la mer, le taureau (Zeus) par les cornes et ses cadeaux phéniciens par leur anse précieuse (l’alphabet natal ainsi que les constructions navales), pour les donner à profusion, les semer avec amour, sur la terre étrangère qu’ils allaient éclairer, dilater, proprement créer, puis orienter vers les valeurs, vers la démocratie et l’harmonie toujours à venir, en lançant au loin la VasteVue contenue dans le simple nom d’EurOpe ?…

Sans doute n’est-ce pas un hasard si ce film est produit, pour échapper au vide livide, par EUROWIDE :

sortons donc de nos cachots étriqués,

ouvrons grand nos voiles à l’envergure

et courons la fraternelle aventure

sans laisser notre “prudence” tiquer…

Le film V for Vendetta que réalisa James Mc Teigue, et que réveillent les masques d'”Anonymous” apparaissant de loin en loin sur des visages d'”Indignés”, nous l’avait suggéré : la liberté dort sous l’apparence de la persona scénique, donc de chaque personne. Au fond de tout regard résonne la voix inaliénable et secrète d’une intériorité qui parfois perce et voudrait pleinement s’exprimer…

Les mouvements de foule et de mains, de banderoles et de slogans, se développent sur la surface de la planète en ressuscitant le rythme inviolable de chacun, en suscitant ainsi la liberté solidaire dont a tant besoin la terre : si les “Indignés” revendiquent surtout honneur et dignité de vivre sous ce terme à préfixe d’abord négatif, les Allemands appellent cette insurrection “Empörung”, qui désigne à la fois le soulèvement et le jaillissement. De son côté, Georges Bernanos assumait avec une vigueur semblable, dans ses romans comme dans ses engagements, l’instinct d’émancipation, même dans la prière qui est “la seule révolte qui se tienne debout”. D’ailleurs, Manegold déjà présenté dans ce blog fut un digne indigné dès le XIe siècle, au nom de la seule liberté de conscience, face aux pasteurs de fidèles et de sujets qui étaient à ses yeux, de père de famille et de chanoine fondateur, d’insupportables imposteurs.

Précisément, une étrange coïncidence fait partager à Stéphane Hessel, l’auteur d’Indignez-vous (paru en décembre 2010 chez “Indigène”), mille ans plus tard, le même paysage avec Manegold, du moins indirectement : car la petite gare du film noir et blanc Jules et Jim, adapté d’un roman qui touche de près la biographie de Stéphane Hessel et rendu fameux par le chant comme par le jeu de Jeanne Moreau, est celle de Lautenbach, village vosgien du Haut-Rhin, de même que les décors de montagne et le chalet où évolua le tournage de F. Truffaut se situent non loin du Florival.

Si, dès 1953, Henri-Pierre Roché met dans la bouche de Jules cette réplique adressée à Kathe l’Allemande et à Jim le Français (personnage inspiré par lui-même !) “Vous êtes de bons Européens : vous n’êtes nationalistes qu’à l’intérieur de votre amour”, nous pouvons d’autant plus reprendre, pour l’appliquer notamment à la construction de l’Europe et de la paix, la formule de l’étonnant jeune homme Stéphane Hessel, rescapé du pire et du meilleur, attendu ce 9 mars à Strasbourg, mais disponible pour d’autres rendez-vous, qui ouvre Indignez-vous à l’avenir sans limites comme au lectorat planétaire :

“CREER, C’EST RESISTER.

RESISTER, C’EST CREER”.

 

 

 

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