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Il ne suffit pas de passer le pont, contrairement à la jolie chanson sur un air connu. En effet, l’haleine entre monts et plaines, que ce soit par-dessus le lit du Rhin ou tant d’autres fleuves européens, est toujours neuve et nous abreuve, pleine comme un œuf, forte comme un bœuf, pour porter d’EurOpe le fin télescope !

Elle voit aussi loin qu’elle nous vient de loin :  née non pas de la dernière pluie ou bien de nos modernes lubies, mais du Verbe qui va, mais des langues amies, elle franchit le pas en indiquant tout bas l’itinéraire de l’Union claire. Encore faudrait-il trouver où sont passés tant de milliers de fils par nos pères tissés comme autant de moyens tournés vers la rencontre, où les ponts sont des bonds pour écrire et sourire, où les caractères d’alphabet phéniciens changent les cordages en accords musiciens, où les traités de paix se vivent et se montrent…

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Appel à témoin : qui pourra bien dire à Théâme où s’est enfuie la tapisserie de Marc Petit qui ornait encore au début de ce millénaire le Centre administratif de la Communauté Urbaine de Strasbourg ? Elle est certes paradoxale, avec l’élan d’Europe qui paraît emportée d’ouest en est contrairement au mythe connu ; mais elle montre aussi qu’il s’agit de passer les ponts de la rive gauche à la rive droite, de la cathédrale de Strasbourg, qui semble s’élever par-dessus les terroirs ensoleillés par l’or du Rhin, à la Lorelei et au lever du soleil, puis du jour souriant à l’Orient… Cette merveille fut révélée à Théâme voilà quelques années par Jacques-René Rabier, grand serviteur de l’Europe et collectionneur des formes infiniment variées que prend, depuis 2 600 ans, l’enlèvement d’Europe : c’est pour lui un moyen de mieux nous inviter à la retrouver, à l’inventer, à lui donner sa réalité humaine et démocratique. Cette œuvre exposée pendant quelque vingt ans à et par la municipalité strasbourgeoise a pu se défraîchir, mais elle nous aide aussi à réfléchir, à incarner l’esprit de Large-Vue, à rénover la maison Eur-Ope en passant par des travaux de construction et de réfection toujours nécessaires ; bref, puisqu’elle appartient au bien commun, aux vivres pour tous et pour chacun, cette tapisserie doit être rendue au public, même si – et précisément parce que – son titre proclame un ambitieux devoir, plus exactement tout un programme : “Passer d’une figure statique pour accéder à un rêve ouvert”…

Il ne suffit donc pas de passer le pont pour que la guerre sache se taire. Encore faudrait-il tâcher d’être bon pour que la liberté soit solidaire, comme le fit Stéphane Hessel, porteur de lumière et de sel.

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