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Strasbourg : chouette dans l’impasse du Tiroir, cliché Théâme.

Il suffit de trois livres brefs : gardons le cap sur la venue prochaine, attendue, de la C. A. P. !

Qui donc eût cru que ces minces volumes sans bruit sécheraient de la peur l’écume ? Remontons avec eux la façade du temps pour joindre le sommet qui rend notre œil ardent.

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Strasbourg, rue du Dôme, cliché Théâme.

Relisons d’abord Jack London : sa conférence Révolution, reparue aux Editions La Part Commune – Collection La Petite Part (fin 2014) dans une traduction de Simon Le Fournis, présentait en 1905 un “évangile passionné, la Fraternité de l’Homme” (page 62), après avoir décrit dans un humour grinçant “chaque classe dirigeante” (page 55) :  “Engraissés par le pouvoir et la possession, ivres de succès et ramollis par les excès et par la cessation de la lutte, ils ressemblent à des faux bourdons agglutinés autour des cuves à miel quand les ouvrières foncent sur eux pour mettre un terme à leur existence replète.”

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Strasbourg, Lieu d’Europe : au gui lieu neuf, cliché Théâme.

Aux mêmes éditions, dans la même collection, reparut également voici quelques mois un recueil de lettres adressées par La Fontaine à sa femme au cours de l’exil que lui valut la disgrâce de son ami Fouquet ; leur ton n’est pas trop éloigné de celui des Fables, primesautier et familier, propre à celui qui se définit pour son épouse comme l'”enfant du sommeil et de la paresse” (page 37). En son récit de voyage forcé à travers la province, il évoque tour à tour les “chênes dont parle Virgile“(page 39),  qui touchent D’un bout au ciel, d’autre bout aux enfers et qui préfigurent la rencontre de l’un d’eux avec certain roseau (Fables, I, 22), les fascinantes “Philis d’Egypte” croisées sur la route (page 41), pour rejeter enfin, d’une souriante grimace, la surenchère d’ornements qui sature le bien nommé château de Richelieu comme le fameux fabuliste en devenir (page 61) : ” il y a tant d’or qu’à la fin je m’en ennuyai”. Nous entrevoyons ici le dégoût des auteurs dits classiques pour les “grandeurs d’établissement” dénoncées par Pascal et la difficulté de penser comme de créer que leur imposait la censure : seul le subtil rire d’un Rabelais, d’un La Fontaine, d’un Beaumarchais, pouvait changer la tragédie de la servitude, exercée ou subie, en actes comiques d’efficace émancipation.

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Strasbourg : haut Lieu d’Europe, cliché Théâme.

Il y a quelques années, dans le même format de vade-mecum, les Mille et une nuits ont d’ailleurs mis au jour comme à jour le PHILOGELOS ou Va te marrer chez les Grecs sous la plume alerte autant qu’érudite d’Arnaud Zucker. On y retrouve aussi bien madame Priam (n° 197) que les Abdéritains dont La Fontaine relate (Fables VIII, 22) l’erreur vulgaire, face au génie de leur congénère Démocrite qui découvre l’infiniment petit dans la structure de la matière et du cerveau (page 88), alors que les gens de son peuple, s’inquiétant stupidement de son entendement inouï, “méritent leur place parmi [les] grotesques, car leur ciel est sombre” de bestiale bêtise. En exergue de la postface intitulée “Sous les statues, le rire”, l’helléniste a placé la définition tirée de la Rhétorique d’Aristote (II, 12, 16) “Le sens de l’humour, c’est la violence bien élevée”, dont on trouve l’équivalent suivant : “la plaisanterie est une impertinence polie”…

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Îlot phénicien et sicilien de Mozia : masque comique, cliché A. H.

Il y a plus encore chez Platon maître d’Aristote et, vraisemblablement, chez notre maître à tous Socrate, dont la simple ironie continue de servir contre la tyrannie – même de nos désirs ! Contre l’empire et les vampires du pire, rien ne vaut le rire… Or la prochaine tournée de la CAP (Compagnie des Amis de Platon) nous permettra de mettre le cap à nouveau sur les industrieuses ailes des abeilles et sur le souffle de la création qui veille à la liberté partout, d’un geste attentif et doux…

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www.ciedesamisdeplaton.fr

Car, d’après la traduction littérale proposée par Théâme pour le dialogue de Platon Ion ou sur l’Iliade (534 a-b), Socrate affirme tranquillement : “S’adressant en quelque sorte à nous, les poètes disent qu’en puisant aux sources d’où ruissellent des rayons de miel, jaillies de certains jardins et vallons de Muses, ils moissonnent et nous donnent des rayons de chants à la mode des abeilles et qu’eux-mêmes sont emportés par le même envol”, que leur insuffle une présence divine : on appelle  cette nouvelle puissance l’enthousiasme. C’est lui qui sait relier les cœurs humains entre eux : au plus fort de la mort naît la sève du jeu quand aux yeux de l’errance – même si le jour, ralenti par la honte qui sur nos fronts remonte, appelle au secours – reparaît l’espérance.

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Fin de l’été 2014 à Strasbourg : ruche et rayons sur une porte latérale au Lieu d’Europe, cliché Théâme.

 

 

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