Quels vastes, quels profonds, terreaux indo-européens sous-tendent notre appartenance à des réseaux européens bouillonnants  !

Observons d’abord avec amour la nombreuse famille de l’HUMOUR, aussi mobile que fertile.

L’humeur, dérivé du latin humor qui désignait les substances circulant notamment dans le corps humain, a fini par qualifier en anglais la meilleure de ses formes avant de revenir en français signaler une distance amusée sur soi-même, appelée précisément humour.

Mais, si les musicales arabesques des humoresques romantiques mêlent au sourire l’élégie, c’est que l’être humain tout entier se caractérise humblement par le jeu des contrastes et des évolutions : l’homme est lui-même ce composé de terre et d’eau, ce combiné de solide et de liquide, ce précipité de tragique et de comique. Au cours de la Renaissance, à travers toute l’Europe, à partir des trésors grecs, latins, hébreux rouverts par les guerres et par la paix, l’humanisme d’Erasme, de Thomas More, de Rabelais déjà rencontré chez “Théâme” ou de Montaigne enracina l’homme et la femme européens dans leur socle gréco-romain comme dans le généreux sourire de l’intelligence ingénieuse. D’ailleurs, les adjectifs ingénieux et généreux ne présentent-ils pas le même radical frémissant d’une nature bien née, géniale et féconde ?

Nous en arrivons tout naturellement à une famille aux embranchements encore plus complexes et plus aériens : celle de la FANTAISIE, c’est-à-dire des diverses manières au service de la mise en lumière comme autant de photosynthèses. Car, par l’éclat de ses membres, cette famille lexicale associe à la présence symphonique des voix non seulement les illusions fantastiques des fantasmes et des fantômes, mais la fameuse netteté des fables qui nous font sortir de l’enfance, voire nous rendent affables – tout en risquant de nous être fatales à la façon de es malveillantes, ainsi que l’évidence des phénomènes et des épiphanies.

Dès lors, répondant à sa vocation phatique et se laissant bercer par un air mystérieux, la parole de Gérard de Nerval crée sa Fantaisie poétique :

“Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit”…

De même et dans la même période surgit le dérisoire et déchirant Fantasio d’Alfred de Musset, avant que l’ami de Spirou n’investisse de bonne humeur le même nom :

“La dimension d’un palais ou d’une chambre ne fait pas l’homme plus ou moins libre. Le corps se remue où il peut ; l’imagination ouvre quelquefois des ailes grandes comme le ciel dans un cachot grand comme la main.”

 

 

 

A son tour et par le miracle de l’imagination (que censura Pascal, mais que Baudelaire célébra), la peinture est une invention de révélation  comme le montre un autre romantique, Eugène Delacroix ; tandis qu’il magnifie les chevaux des fantasias marocaines, la musique devient une dense et dansante harmonie des contraires – dans le même mouvement de pensée et de création qui saisit alors toute l’Europe – sous les doigts du Polonais Chopin, par exemple à travers la “Fantaisie-Impromptu”.

N’oublions pas que le septième art sait par ses techniques d'”écriture cinétique” associer à la marche linéaire de la musique les radieuses et rieuses ondulations de l’image : en traversant le brouillard du temps qui grésille, qui parle l’anglais ou l’américain après le grec et le latin, vivons donc l’alliance de l’humour avec la fantaisie dans le dessin animé (quasi symphoniquement voilà plus de soixante-dix ans!) par Walt Disney sous le titre de “Fantasia”  …

 

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