Première de couverture du nouvel ouvrage d’Anne MIGUET, journal d’un premier conFINement : Nos oppresseurs ici sont peu sévères, Les Editions du Bon Albert,
décembre 2020 (photo d’Arthur Brody).

Placé sous le signe du jeûne nourricier, ce petit livre apprend comment s’émerveiller même sous les contraintes où la joie semble éteinte, où les plus oppressantes précautions pourraient brider nos propres émotions…

Le pain d’Anne-Man’ est la manne de l’amitié.

Mais, par chance, des roses d’étrennes et d’osmose remplissent nos sacs, nous font – tels des bacs – passer comme des arches de Noé, marche à marche…

Sac en kalamkari et cabas du Marché mulhousien.

Sont-ils vraiment des prisonniers, ceux qui ne peuvent qu’être liés par l’encre sympathique ruisselant claire entre des êtres qui se moquent de plaire, occupés qu’ils sont à s’abreuver mutuellement et se relever, par une humble correspondance rendant les jours sûrs, voire intenses ? Anne peut affirmer : Je bois les lignes des amis… Et nous restons prêts comme elle à vivre avec des elfes pour compagnons de jeu et de vie. Ici nos oppresseurs viraux ne sont pas sévères, pas plus que ceux de René Char. Nageant parmi les créations d’autrui, l’esprit qui baigne et qui s’imprègne révèle sans FIN d’autres fleurs et fruits mieux qu’une éponge où la mer songe : il transmet, et porte plus loin, de la précieuse paix le soin, comme une enluminure jubile en ses ramures.

Codex GUTA SINTRAM : page calendaire d’avril.

Allégresse alors, plus riche que l’or : il est une alchimie pétrie d’âmes amies, grâce à quelques courri-ailes. volant de conserve dans la corbeille des jours… Nul professeur n’est oppresseur s’il trouve la solution magique pour la croissance pédagogique, s’il peut lancer la corde du rire, une corde bien plus tirante que celle de l’amadouement.

Mais nourrir comme en d’immenses étables le lecteur à venir et l’adorable enfant présent exige autant d’audace que d’impérieuse grâce :

“J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse.” (Arthur RIMBAUD, Illuminations, “Phrases”.)

Une hermine brille au village d’Anne.

Heureusement, il y a toujours l’Alléluia. Car sous l’élan d’Anne le monde montre ses pépites profondes : Je m’aperçois que regarder le présent, avec cette forme d’intensité qui passe dans son immédiate relecture, nous relie sans cesse au passé qui nous habite sans que nous en ayons toujours conscience. L’événement le plus minime devient une figure de conte, un passeur de sens et de beauté, de sagesse aussi, un portier de ce monde nouveau que nous appelons de nos vœux.

Quatrième de couverture de Nos oppresseurs ici sont peu sévères :
photo d’Anne Miguet prise par son fils Arthur Brody.

Tandis que les conFINés se confient à l’éternelle tendresse inFINie, Anne-Man’ poursuit ce qui la construit : Est-ce la rumeur en moi d’une comédie musicale à composer chez nous ? … En tout cas je perçois la rumeur du monde comme une musique.

Capture d’écran d’un Alléluia de Haendel enregistré en décembre 2020 par l’articulation
du présentiel et du distanciel à Barcelone, en la basilique Sainte-Marie de la Mer.

NUIT, NUIT, crie soudain le jeune Félix, qui entraîne Anne autant qu’elle le guide sous “le froufrou” des étoiles rimbaldiennes, où seul peut être sévère, dans l’inconnu tout noir, le souci d’une grand-mère aux multiples pouvoirs :

C’est comme si on filait ensemble au vaste rouet du ciel la laine des rêves.

Ainsi s’entrelacent les mélodies connues avec de fécondes harmonies aux tons inouïs, comme est chaque Oui.

La poésie doit être faite par tous“, pour tous, comme le faîte du paradis, dont ici-bas la faune et la flore délectables dressent pour les petits de généreuses tables, qui déjà vit, frémit et vibre même au fond des maladies : en silence, en secret, quel amour irradie ?

Codex GUTA SINTRAM : miniature ornant une page d’homélies capitulaires sur l’approche de Pâques.

Dans la célébration de grand-maternité, les vitamines se contaminent. Laissez donc ces pages avec simplicité vous prendre par la main, doucement vous conduire à la miséricorde : aux accords prêts à luire. D’Anne apprenons ensemble à faire notre miel anonyme en butinant, offrant, le cœur du “présent-ciel” et des cimes. Croisons donc nos fraternels fils laineux, tissons-en d’utiles réseaux de nœuds ! Puisse la reconnaissance faire surgir la naissance… Comme ces jours-ci le conseille France 3, ouvrons nos YEUX d’Eur-OPÉens bien trop étroits, pour que le corps et l’âme en couple nous rendent attentifs et souples à l’humaine constellation, à la pleine révélation :

“Aux accidents atmosphériques les plus surprenants

Un couple de jeunesse s’isole sur l’arche,

– Est-ce ancienne sauvagerie qu’on pardonne ? –

Et chante et se poste.” (Arthur RIMBAUD, Les Illuminations, “Mouvement”.)

Et si les écrans cessaient d’errer, et si les chants savaient éclairer ? Seuls les anges
de l’échange peuvent réaliser sans rien paralyser les fêtes parfaites.

2 Réponses de “Heureusement qu’il y a toujours l’ALLÉLUIA !

  1. Rougeur d’Anne à découvrir le billet que son amie lui consacre : le dialogue au jour le jour avec la matinale amie est devenu de mon côté ce journal pour recueillir la pruine d’avril et son alléluia secret. La balle entre nos deux tours de patience n’a cessé de rebondir. Et c’est bien elle encore qui chante et se poste et qui voudrait écrire en rouge le mot de gratitude. Vivante quand une main ardente ouvre le livre à la page qui sommeillait… Tant l’alléluia des livres tient aux mains qui les ouvrent !

    1. Merci à notre fidèle commentatrice Anne en sa tour sororale, attentive, aurorale : quel honneur de voir que nos chants amébées en répons et rebonds presque virgiliens, aiguisés par la douleur environnante ou lancinante de la pandémie, ont préparé la naissance d’un petit Virgile et d’un grand livre ! Car il fallait bien que de tels éphémérides numériques ne restent pas éphémères, mais qu’au contraire ces feuilles virtuelles forment un réel feuillage d’espérance durable et solidaire…
      Merci aussi à l’amie Joëlle, évoquée par Anne-Man’, de sa correction chronologique sur la date d’enregistrement d’un Alléluia qui, pour être intemporel, n’en changea pas moins ce Noël, même a posteriori, en une nouvelle ferveur fraternelle.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En publiant un commentaire vous acceptez notre politique de confidentialité

The maximum upload file size: 2 Mo. You can upload: image, audio, video, document, spreadsheet, interactive, text, archive, code, other. Links to YouTube, Facebook, Twitter and other services inserted in the comment text will be automatically embedded.