Maroc, 2017.

Il est certes bon de remonter le temps pour partager rétrospectivement des merveilles glanées sur les terres du soleil. Mais il est urgent de diffuser sans retard des informations vitales pour l’homme et le monde, pour son agriculture et sa culture, qui ne peut être que de paix, surtout quand se sont succédé sur l’hémisphère nord plusieurs semaines desséchant les terroirs les plus verdoyants.

Regardez sans tarder le reportage diffusé le 31 juillet dernier par Arte. Vous n’en croirez ni vos yeux ni vos oreilles : on dirait une immense « semences-fiction » avec des images splendides et contrastées, des visages graves et beaux, un message lucide, précis et prospectif.

En montrant l’odyssée menée de la Bekaa libanaise aux parages du Spitzberg par les gestes héroïques de chercheurs syriens, marocains et libanais coalisés contre la guerre, contre le génocide des graines et des terroirs, ce reportage ne voyage pas seulement loin à l’ouest et au nord du Croissant fertile, mais aussi dans le passé de l’agriculture, de la culture tout court et aux sources de l’Europe !

Pour que les sources de l’avenir ne soient pas obstruées même par le réchauffement climatique, le patrimoine génétique de plantes non seulement millénaires et vitales, mais aussi résistantes à la sécheresse, est à ce point nécessaire que les herbiers et les semences rassemblés patiemment à l’ICARDA d’Alep en Syrie ont échappé aux récents bombardements pour rejoindre, à grand renfort de compétences, de méthode et de courage, les trésors sélectionnés par d’autres banques de graines dans l’arche mondiale de la biodiversité : sur l’archipel norvégien de Svalbard, à 1 000 km du Pôle Nord, en veillant sur ces ultimes « copies de secours » dans un milieu extrême lui-même menacé, on n’ouvre le sanctuaire de pierre et de glace qu’une fois par an, quand les chercheurs trouvent ce havre après bien des tribulations pour y déposer ou en retirer eux-mêmes leurs pépites de vie. Tant il est vrai que toute résistance débouche sur la reconstruction par la science, les semences et l’espérance. « Aucun geste, écrivait le poète libanais Georges Schéhadé en 1947, ne vaut un pont. » Et l’on pourrait encore emprunter ses mots non ponctués pour s’adresser à ces graines sauvées des guerres, changées en graines de paix, devenues ainsi plus souveraines que souterraines :

« Vous qui partez pour un pays lointain
Que les évêques du Songe en habits dorés vous présentent à la lumière
Qu’ils disent que vous êtes la goutte d’eau
Qui tremble à leurs doigts de toute sa richesse
L’ambre et le maïs de leurs colliers
Qu’ils vous appellent cercueil de violon ou gazelle
Chauve-souris malheureuse qui boite dans l’air en voltigeant
Afin que vous soient épargnées les épines du froid
La distance et ses blessures
Et que l’eau vous soit douce pour vous-même sur la mer »

 

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