Strasbourg, plateforme de la cathédrale : dans la Maison des gardiens rénovée.

Suis-je le gardien de mon frère ?”, demande Caïn, jaloux meurtrier d’Abel, pour seule réponse à l’inquiète question posée par le Créateur, qui fut son seul témoin : mais Dieu n’entend monter de la terre jusqu’à lui que le cri du sang versé par le fratricide. Heureusement, sur toute ville dès son origine veillent des gardiens.

Erasme, Goethe, Victor Hugo : lumières neuves dans le couloir de la merveilleuse et vertigineuse Maison veilleuse, qui fit rêver successivement tant de petits Strasbourgeois épris d’altitude.

À Strasbourg il y a quelques siècles à peine, certains ont même employé des trompes semblables à celles du Jugement sur le prodigieux Pilier qui tient, porte et rayonne en contre-bas, dans le croisillon méridional de la cathédrale.

Autre document exposé dans la Maison des gardiens.

Les vénérables veilleurs de la Cathédrale ont à leur tour trouvé des gardiens en la personne des artisans et des ouvriers de l’Œuvre Notre-Dame qui remirent en état ces derniers mois la montée à leur plateforme, et dans un personnel souriant autant que vigilant, chargé de l’accueil au bas de l’interminable escalier en colimaçon aux 330 marches si hautes !

Cuivre astiqué, corde fraîchement tressée, pour vous soutenir jusqu’au sommet.

Le flanc méridional de la cathédrale de Strasbourg se dégage aussi, très lentement, des échafaudages et des travaux.

La Vierge aux cadrans.

Voici la Mère de Dieu dans son buisson d’étoiles avec son Enfançon aux yeux grand ouverts : elle forme le socle tutélaire du cadran horaire comme du cadran solaire.

Brève halte au cimetière Saint-Urbain surplombé d’immeubles en chantier et menacé de profanations.

Il n’est pas jusqu’au cimetière qui n’ait, parmi les fleurs en sursis, son équipe de gardiens vigilants, humbles et fiers.

Première de couverture du nouvel Almanach Sainte-Odile.

De même, chaque année, l’Almanach Sainte-Odile veille avec sa bénévole équipe d’auteurs et de lecteurs attentifs, créatifs, toujours vifs, sur la mémoire des héros, des génies, des saints qui risqueraient d’être oubliés en leur terre d’Alsace ou de passer inaperçus… Mais Odile elle-même semble avec eux monter le guet sur la France dont la devise a pour clef de voûte la FRATERNITÉ, sur l’Eur-Ope qui la vénère tout autour de son Mont.

Gare de Strasbourg : le Conseil de l’Europe a soixante-dix ans.

Aux pieds d’Odile qui dans le baptême recouvra, qui pour chacun délivre, la vue, l’EurOpe en effet cherche à tâtons les moyens de mettre en œuvre en son cœur (donc dans les cœurs) la liberté solidaire qu’implique depuis plus de trois millénaires en germe, en noyau, cette étendue européenne définie par l’infini de ses LargesVues : car nous sommes par vocation humaine les “gardiens de nos frères et sœurs”.

Mont Sainte-Odile : statue d’Odile sur le toit du couvent.

One Reply to “Gardiens de nos frères et soeurs.”

  1. Quelle douce évocation de quelques hauts gardiens de notre Alsace et de notre histoire ! Sainte Odile depuis son haut MONT et depuis son huitième siècle veille sur notre plaine et sa statue dans l’Azur patiente et tremble au-dessus d’un monde troublé. Elle qui est patronne des yeux tombés sur son livre ouvert veille donc aussi plus largement sur la largesse du regard d’EUR-OPE. Prête comme l’ange d’Apocalypse à verser le divin collyre qui rendrait claires nos vues encore partielles. Que sous son intercession tout écrit ait des yeux qui voient, tant souvent nous sommes aveuglés ! Que tombent les écailles qui empêchent la vision parfaite. Quant aux hauts gardiens de Notre-Dame de Strasbourg avec leurs trompes d’appel, il semble que leur mission soit de nous déboucher les oreilles, pour que nous entendions mieux les cris de ceux qui ploient sous les fardeaux et qui supplient aux portes de nos villes. Le long escalier en colimaçon qui escalade vers la plateforme est frère de celui qui monte aux tours de Notre Dame de Paris, la grande soeur sinistrée de Notre Dame de Strasbourg. Sylvain Tesson en fit son lieu de rééducation, et l’escaier de la haute Dame devint le gardien de ses muscles et de ses poumons. Ainsi toujours monter, se hisser, fait de nous des athlètes de Dieu, donc de nos frères : car certes il faut une santé pour être et demeurer “les gardiens de nos frères”. Que notre Dame de la bonne garde nous prête cette dernière et nous n’oublions pas que de son côté “le Seigneur donne mission à ses anges de nous garder sur tous nos chemins”. Eux nous “porteront sur leurs mains pour que notre pied ne heurte la pierre”. Laïque et transparente, la gare de Strasbourg veille sur ses voyageurs. Comme recommande Char, méfions-nous de l’anecdote, c’est une gare où le chef de gare déteste l’aiguilleur. Si notre coeur était grec (et il l’est en partie), il méditerait sur ce centon comme un maître peut faire avec son long disciple.

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