Nicole Lombard, Editions du Bon Albert.

On sait pertinemment que le cèdre sert le meilleur bois à qui veut prendre la mer… Mais, sous l’âpre plume de Nicole – calame d’amour et barbes d’humour -, un pommier sauvage caracole longtemps après avoir disparu hors des yeux comme loin du talus. Il suffit que la culture du cœur pousse ses boutures pour que le joli poney Anaïs, autrement humaine que le maïs, coure parmi les livres à lire ou bien écrire, ivre de cette hospitalité qui se nomme liberté. La danse des arbres et des bêtes n’en finit pas au fil des crêtes vibrantes quand les auteurs jusqu’aux neiges des hauteurs lancent une farandole plus claire que banderoles de manifestation… Est-ce que les rebelles n’ont pas la part trop belle lorsque l’inspiration les conduit au silence dru de la transparence ? Non, si les grands-parents demeurent les amants des arbres, des graines et des pierres, apprenant à leurs petits-enfants comment apprivoiser la lumière près de Giono, près de Bosco. Dans le murmure mûr des beaux ouvrages, Pourrat pourrait pourvoir même au courage ;  c’est à croire que Louis POIRIER fut Julien Gracq définitivement au contact de l’Aubrac… Si les saisons nous quittent, l’essentiel “ressuscite” et le vrai, comme un taureau grand “empereur”, nous apprend comment vivre ensemble sans peur.

Paulette Dougherty-Martin.

Mais quelle constance prouve Constantin ? Est-ce que l’espérance lui trace le chemin jusqu’au bout, depuis la ligneuse ligne de vie, la victorieuse Croix tracée toutefois par l’opprobre du bois ? Après trente années autrement données, Paulette Dougherty-Martin s’était décidée un matin à publier enfin ce dialogue tragique aux accents de Camus, Claudel, historique et pourtant si vivant que la sainteté voisine avec les meurtres (qui minent le misérable peuple de Dieu sous le cynique appui le plus odieux), quand la réalité du présent vint rejoindre sa lointaine intuition : des chercheurs virent poindre la tête décollée de l’auguste empereur : antique conduite empêchant la fuite ! Ainsi jamais ne se meurt, grâce à la patience des fouilles, à l’âme où nul oubli ne rouille, l’appel de la vérité : “Là, tout est à inventer”, dit au troisième acte une didascalie invitant à l’action d’une voix amie. Car partout, sur la mer ou bien dans la forêt, “la Source de l’Amour” bruit et brille en secret si l’on approche l’âtre qui brûle en ce théâtre. Il ne suffit pas de le louer, car il mérite d’être joué par des interprètes dont l’action soit prête.

Pour les offrir, les tendre à tous, il fallut rendre plus légers le poids des pensées, le bois des outils et l’effort de l’équipage : sur le Rhin parurent d’autres parages, comme si les arbres fruitiers diffusaient de nouveaux sentiers.

“La révolution technique qui a germé dans l’atelier de Saint-Arbogast aux alentours de 1440, affirme Georges Bischoff, est un eurêka collectif, ce qui ne réduit pas, naturellement, le génie de Jean Gutenberg. En soi, ce n’était pas le fait de reproduire en grande série des mots et des images – les monnaies et les sceaux avaient ouvert la voie depuis très longtemps –, mais de maîtriser, simultanément, toutes les étapes d’un processus d’approvisionnement, de fabrication et de distribution de l’objet-livre. Selon les experts, la « saisie » et l’impression de la « Quarante-deux lignes », dite « B42 », ont pu prendre trois ans, c’est-à-dire la même durée que la réalisation d’un manuscrit par un bon copiste. La différence ? Cent quatre-vingts exemplaires au lieu d’un seul. Cent quatre-vingts fois plus ! Autre différence : un travail d’équipe, organisé de manière rationnelle.”

Itinéraire de l’alphabet vers l’imprimerie, par A. Hiebel.

Mais n’oublions pas que, sans la Phénicienne EurOpe au nom prémonitoire de Large-Vue, sans son enlèvement qui fit lever en Occident les vingt-deux lettres de l’alphabet phénicien, aucune révolution n’aurait permis de semer le libre-arbitre ni de cultiver l’invention interpersonnelle…

Précisément, un récent film turc, jailli sur une des premières terres parcourues par l’alphabet phénicien, nous convie à la lenteur des maturations chère à Nicole Lombard, à la liberté de conscience inséparable de la religion d’après Paulette Dougherty-Martin : si vous le laissez patiemment se déployer de dialogue en musique à la Brahms, du cheval de Troie incarnant l’ennui des Dardanelles à la brumeuse palpitation campagnarde, “Le Poirier sauvage” vous fera grimper jusqu’à la révolte du désespoir, jusqu’aux rebondissements du salut, jusqu’au surgissement des puits les plus improbables, mais aussi les plus féconds, d’un pardon incommensurable et de l’accord au son profond. Demeurons donc prêts à tout rivage qui germe déjà dans tant d’ouvrages.

One Reply to “Parfois les fruitiers sauvages élargissent nos parages.”

  1. C’est beau d’avoir uni un pommier d’Aubrac et un poirier de Turquie, Mais aussi Gutenberg et Constantin qui firent chacun œuvre d’humanisation pour notre Europe si fort reliée par la navigation et l’alphabet et ce bastion de Constantinople, à une union heureuse entre occident et orient, une union portant du fruit ( comme poirier ou pommier). L’orient nous donna en Phénicie l”alpha et ses suivants puis en Palestine celui qui est annoncé comme l’alpha et l’oméga. Mystères de Constantin, mystères de Gutenberg qui furent deux diffuseurs de ces trésors. En reliant des œuvres modernes à ces sources anciennes Théâme avance en eaux profondes.

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