Frèiwèi suggère en réalité comment prononcer Freiwäj : tel est le sous-titre, d’apparence barbare, qui signifie en dialecte alsacien Libre-Sentier, Chemin-Franc ou Voie-Libre et qui s’affiche sur une étroite voie de notre Couronne strasbourgeoise, autrement dit de Cronenbourg. Mais quelle joie large en jaillit sous l’indication rue de la Libération ! Fraie, veille, un chemin à nos mains… La vie n’est-elle pas une veilleuse qui monte à bord de barques merveilleuses ?

Ainsi la sieste du quatrième âge et du premier lie le premier étage au rez-de-chaussée, puis l’air silencieux à l’accord qui soude la terre aux cieux. Agnès Varda nous montre aussi comment faire voguer, jusqu’au pied de la tour Eiffel, la voile latine d‘Hébé – rappelant, sous cette interjection provençale, la déesse grecque de la Jeunesse – avec la toile de l’écran ou des réseaux, pour une liberté solidaire autant que souriante.

Christian Bobin avec sa Lumière du monde illustrée par le célèbre portrait de Franz Hals et Carine Dartiguepeyrou sur Les Voies de la résilience que vient d’éditer “L’Harmattan”, tous deux et chacun à sa manière, nous invitent à veiller, à tendre l’oreille pour qu’elle nous éveille à l’essentiel : “Il suffit de voir et d’entendre”, écrit le premier dans L’Homme-Joie qui vient de paraître chez “L’Iconoclaste” ; car “Nous devons écouter l’imprévisible“, renchérit la seconde déjà citée par Théâme.

A travers le talent de collégiens alsaciens, sous la direction de Greg Vrecsics Zillisart le dit à sa façon  :  la maturité s’élève dans les yeux des élèves, et la jeunesse se presse aux cœurs usés par les ans. Les uns veillent sur les autres dans L’Etrange village… qui d’abord surprend, ensuite se suspend et, finalement, pour vivre ensemble entend, comme un vitrail en arbre double – ou doux-bleu – de Grégoire Duchamp.

Le génie n’est-il pas “l’enfance retrouvée à volonté” que saluait Baudelaire ? Dans une cime de l’arbre généalogique, une toute petite fillette guillerette pousse les portes entre les lèvres des anges et ce qui se mange, entre joujoux fous et  bijoux, entre les calmes plantes qui dansent et qui chantent : elle allume les lampes de miel et se laisse bercer par le ciel en nous montrant la route sans une ombre de doute. Dès lors, chaque veille profondément fraie à nos mains un chemin dans toutes les langues, sous l’esquif qui tangue, pour que la paix le rende fort et pour qu’il arrive à bon port.

 

 

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