Vue aquatique depuis la Fondation François Schneider de Wattwiller.

A l’embouchure du Florival (vallée de Guebwiller), au pied du champ d’une terrible bataille franco-allemande, auprès des sources délectables, Wattwiller célèbre l’eau, certes minérale et thermale, mais tout simplement vitale, que chantait déjà François d’Assise dans son Cantique des créatures :

“Laudato si’, mi’ Signore, per sor’acqua / Loué sois-tu, mon Seigneur, par sœur Eau” !

À Guebwiller même, voici – montré fièrement par une habitante venue d’ailleurs – l’ancien emplacement de la pompe où venaient chaque jour d’autrefois s’abreuver les voisins jusqu’aux plus lointains.

Guebwiller, “impasse de la Pompe”.

Puis l’église Saint-Léger, tout en se vidant d’un enterrement sans larmes, nous charge presque d’ailes par la figure que détache une scintillante et ruisselante mosaïque. Car elle révèle et fait jaillir en pleine lumière toute une suite d’actions tissant les Actes des apôtres au chapitre 16 :

11 De Troas nous avons gagné le large et filé tout droit sur l’île de Samothrace, puis, le lendemain, sur Néapolis,

12 et ensuite sur Philippes, qui est une cité du premier district de Macédoine et une colonie romaine. Nous avons passé un certain temps dans cette ville

13 et, le jour du sabbat, nous en avons franchi la porte pour rejoindre le bord de la rivière, où nous pensions trouver un lieu de prière. Nous nous sommes assis, et nous avons parlé aux femmes qui s’étaient réunies.

14 L’une d’elles nommée Lydie, une négociante en étoffes de pourpre, originaire de la ville de Thyatire, et qui adorait le Dieu unique, écoutait. Le Seigneur lui ouvrit l’esprit pour la rendre attentive à ce que disait Paul.

15 Quand elle fut baptisée, elle et tous les gens de sa maison, elle nous adressa cette invitation : « Si vous avez reconnu ma foi au Seigneur, venez donc dans ma maison pour y demeurer. » C’est ainsi qu’elle nous a forcé la main.

Voici en résumé la suite de ce chapitre 16 : une jeune possédée est exorcisée par Paul qui, sortant de chez Lydie, cherchait encore un lieu de prière fraternelle et qui cloue le bec à son juteux oracle, pourtant clairvoyant sur leur groupe “porteur de la voie salvatrice” ; arrestation, flagellation, incarcération, libération miraculeuse de Paul et de Silas, peur du geôlier qui réclame de la lumière – pour renoncer au suicide, tomber à genoux et les soigner -, puis le baptême avec joie, enfin qui fait libérer ces citoyens romains. Avant de quitter la ville sur ordre, ils font chez leur hôtesse de rencontre une nouvelle halte “réconfortante”. Oui, cette Lydie étrangère, hospitalière et vendeuse d’étoffes pourpres est bien la première à s’être fait baptiser en Europe.

A Guebwiller, en l’église Saint-Léger, Laurence Torno sur le 22e Chemin d’art sacré : “Lydie, la première baptisée d’Europe”.

Et nous, sortant de chez cette Lydie gebwilléroise et quittant le vignoble Kitterlé, nous entrons dans une autre église médiévale, proche et sœur de la précédente, apparemment déserte devant le Saint-Sacrement qui brûle au fond du chœur en gloire, sous l’immense crucifix de 1491… Et, pourtant, aux murmures de la contemplative exposition estivale se mêle un frais bruissement, comme effervescent…

Collégiale de Lautenbach, bancs des enfants de choeur.

Sous les arcs qui continuent de rosir, il faut nous avancer pour découvrir quatre petits visages qui se penchent dans un bois plus frémissant que des planches, appliqués, concertés, servant de toutes leurs veines, d’une ardente et grave peine, sans maître ni curé, les mystères sacrés, avec les flacons portant le vin, l’eau, dont on croit entendre le fin grelot d’humble prière dans la lumière.

Collégiale de Lautenbach : au banc des enfants de choeur, le servant des burettes.

2 Replies to “Le Florival ou notre “soeur Eau”.

  1. En voici un billet qui coule de source mêlant les eaux de Wattwiller et celles de la Lauch à Lautenbach, à celles encore de la rivière où fut baptisée Lydie, puis enfin à celle des burettes, une eau qui va se mêler au vin des vignes de Kitterlé ou de Macédoine… Et la gracieuse LYDIE imaginée par Laurence Torno paraît vêtue de ces eaux aussi bleues que le ciel, qui déjà semblait héler si fort Paul et Silas que s’effaçaient les murs de toute prison. Ainsi toutes les eaux à nos pieds confluent et Théâme nous les coule douces. Elles ont l’humilité des petits agenouillés, serviteurs de la liturgie. Elles sont chastes et pures, comme le chante frère François. Elles baignent les pages du grand livre de Dieu : elles sont Ses petits pages. Elles lavent les pourpres de Lydie et l’écarlate de nos péchés, et nos blessures les plus secrètes. Elles sont les eaux baignant la Jérusalem céleste.

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