Parfois les interminables traînes des pluies printanières laissent place aux parfums des conviviales délices et du feu résineux : dès lors, la maisonnette au nom rustique de S’Wackenhiesel prélude au moderne palais des joies musiciennes, la fête privée au Festival international de Strasbourg et le troisième âge atteint par ce dernier au jaillissement clair d’un matin premier.

Le foie gras créé tout près, au château de l’île Jars engloutie avec lui, avec son maître Contades, avec ses hôtes Voltaire et Rousseau, se hume encore en ce décor. Mais c’est une pulsation qui nous parcourt, nous empoigne sur nos fauteuils, nous unit même entre voisins inconnus : les siècles soudain nous entraînent sur l’onde immense de leur ronde et de leur danse.

Ne manquez donc pas le prochain concert des Siècles, qui sous la direction de Franz-Xavier Roth rafraîchissent les vieux morceaux, qui frémissent à la rencontre du manque avec le cadeau, de la mélodie avec l’harmonie, du chant inouï avec le oui, de la plus fidèle écoute avec de nouvelles routes, de la misère avec l’eau, puis de l’ouverture avec l’aventure : d’un coup très doux délivrée de notre poussière, une indescriptible lumière franchit d’un bond le mur du son. Le rythme vous dépose alors loin de la pause, dans le mouvement des profonds moments, des siècles et des années, de l’éternité donnée. Repartons de Mozart au delà de son Figaro, vers les noces du courage et du plus ferme équipage : en nous concertant concernant l’essentiel – à commencer par le cœur de l’Europe qui bat à Strasbourg, bâtissons en chœur de vrais palais à la musique unie, unique, pour la servir et la partager, pour nous en servir contre l’incommunicabilité, pour en nourrir la paix.

 

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