r_1355_2

Cathy Bernecker, auteur avec Christian Hahn de “Mademoiselle Mamsell” (2011), nous l’a fait entrevoir lors d’une de ses brèves émissions régionales sur France 3 Alsace : Europe serait un autre nom pour l’Espérance décrite en 1911 par Charles Péguy dans son “Porche du Mystère de la Deuxième Vertu”. Comme Espérance, Europe n’est-elle pas, elle aussi, “une petite fille de rien du tout” ? “C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes. […] Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus”.

tomi-ungerer

De fait, comme un écho rieur, mais ému, de ces versets paradoxaux, sonna cinquante ans plus tard, en dialecte alsacien, une chanson de l’humoriste, acteur politique et créateur du cabaret strasbourgeois “le Barabli” (“parapluie” en dialecte) Germain Muller. Cathy Bernecker l’a récemment (ré)citée à l’écran et nous allons tenter d’en rendre la verve :

“Europe est le nom de cette petite fille :

elle est née à l’heure où seuls les astres scintillent.

[…]

Pour elle, personne ne se serait mouillé !

Pourtant, à tour de rôle, on vient la chatouiller…

[…]

On dirait certes qu’elle attend ses ailes d’ange,

mais une barbe lui pousse dans ses langes !

[…]

Il est bien seul, ce nourrisson

adorable, sur le gazon !…

Même si les autres la font tomber par terre,

nul danger qu’à cause de nous Europe n’erre ;

qu’elle nous laisse juste habiter sa maison :

nous la déposerons à l’orphelinat, non ?”

 

Nous avons entendu dans le même clip un nouvel écho de la mystérieuse condition féminine incarnée par Europe, courant les pires dangers pour mieux – en mieux – changer l’Europe, lorsque l’ancienne “barabliste” Cathy Bernecker a rapproché de cette chanson engagée datant de 1951 les lignes d’un autre humoriste alsacien de génie, encore plus plasticien et cosmopolite. En effet, Tomi Ungerer affirme à la fin d'”Europolitain”, enluminé de ses images (dont celle qui figure ci-dessus avec la légende “Cultive tes racines et plante-les dans les étoiles” !), composé d’un dialogue bondissant avec le regretté Daniel Riot en 1998 : “L’Europe, c’est une drôle de femme. Elle connaît en même temps la puberté et la ménopause. La ménopause, parce qu’elle a tout vu, tout connu. Elle sait tout : elle est blasée, fatiguée. C’est la vieille Europe. Quel héritage ! En même temps, elle semble timide, effarouchée, comme prise de vertige devant les aventures de la vie. Hésitante. Il serait temps que l’Europe se voie comme elle est. Une femme de trente ans, par exemple…”

 

Plus récemment, suivant  la même thématique européenne et “génétique” (ou maïeutique à la mode socratique ?), Frédéric Lenoir affirme en 2007 dans “Le Christ philosophe” : “Le christianisme a accouché de l’Europe comme il a accouché de l’Amérique, ce qu’aucun Américain ne songerait à contester !” Aimons-la donc, cette Europe à la fois mythique et intemporelle, aux multiples racines, occidentales autant qu’orientales  : donnons-lui patiemment, généreusement, naissance subversive et fraternelle ; ne la laissons pas orpheline des contacts (alphabétiques et nautiques, dans la droite ligne phénicienne qui est la sienne) qu’elle nous offre sans se lasser pour nous tisser d’utiles cadeaux en réseaux durables, en vaisseaux d’espérance ! Qu’elle se voie donc “comme elle est”, car elle porte le nom et la vocation de la Vaste-Vue qui ouvre à l’aventure de la paix nos horizons humains ; qu’elle nous envoie envisager ainsi la liberté dans une clarté plus solidaire enfin…

C’est Europe qui lance au loin sur nos chemins

son regard pour guider nos marches vers demain,

qui va frayant son passage

en déblayant nos rivages.

 

 

One Reply to “Europe, “une petite fille de rien du tout”.”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *