On la dit mal en point, l’Europe. Mais on dirait qu’Europe galope toujours comme une toile, certes déjà par la grâce des peintres,

mais aussi sous les doigts qui la cousent depuis ses quatre coins, par exemple dans une vallée alsacienne réunissant en un haut lieu de culture de jeunes créateurs textiles européens,

ou sous les étoiles musiciennes qui hissent sa voile circassienne,

ou bien encore sous les corps qui l’entraînent vers son essor,

et sous  l’haleine qui la soulève, unie comme une âme,

comme un équipage prêt à l’élan d’un souffle frais. Europe n’est donc pas qu’un ensemble de terres mal délimitées ni qu’un mythe sorti de légendes délitées ; car elle est d’abord et toujours une histoire en cours, à visiter – comme l’indique son étymologie – toutes antennes déployées, mais avant tout une trajectoire un jour destinée aux ères et frères à venir par des peuples anciens, surtout par les Phéniciens, pères à la fois des techniques nautiques, de l’art alphabétique et d’Europe !

Pour reprendre la création verbale d’une jeune mère CLAIRE, le formidouble réseau de leurs moyens millénaires noue et relie, par des contacts actuels et les réseaux de leurs radieux maillons, l’humanité tout entière : grâce aux barques conçues pour toutes ses navigations en haute mer, grâce aux marques simples des lettres gravées dans sa chair comme dans ses sens, pour aller ensemble plus loin de la misère et de la guerre, pour quitter ou monter les côtes aux brises de la Pentecôte, pour prendre enfin sans rancœur un soin solidaire des cœurs. Tends ta voile, Europe, sur ta peur : galope !

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