Quel bonheur de voir les amitiés converger, au fil du temps et au-delà des coïncidences, pour tisser la connaissance et l’espérance européennes, pour ciseler de caractères un bouillonnant cratère à partager !

Au début de cette année, une amie amatrice éclairée de l’Antiquité vivante a pris la peine, après me l’avoir offerte, de traduire pour moi la plaquette italienne relative au cratère où se trouve peint l’enlèvement d’Europe, récemment revenu de Los Angeles et présenté aux visiteurs de Paestum, tout près du lieu de sa création pourtant si éloignée de notre époque : Il cratere di Assteas con Europa sul Toro, rédigé par M. Cipriani, E. Greco, M. L. Nava, A. Pontrandolfo (2009, Pandemos).

“Les vases connus et portant la signature d’Assteas sont au nombre de onze ; à ceux-ci on en ajoute à présent un douzième, un autre cratère à calice, acquis par le Carlos Museum d’Atlanta et seulement connu depuis peu par un cercle d’experts.

Le lien culturel avec le monde du théâtre italiote  qui s’épanouissait en Grande Grèce au IVème siècle avant Jésus-Christ transparaît dans la manière dont Assteas organise et répartit scénographiquement l’espace des représentations.

Assteas fait preuve d’une capacité remarquable d’évocation dans la savante composition des scènes mythologiques : les personnages sont immédiatement identifiés par le nom qui les accompagne, écrit à côté ou immédiatement au-dessus de leur tête.”

Odile poursuit ainsi la traduction de ce commentaire :

“À la suite d’enquêtes complexes des carabiniers et de la magistrature, grâce à l’initiative diplomatique lancée par le Ministère des Biens et des Activités culturels vers quelques musées américains, soixante-sept pièces archéologiques ont été rendues à l’Italie en 2007 — leur provenance certaine de notre territoire et leur exportation clandestine ayant été démontrées.

Quelques-unes de ces pièces ont été offertes à la contemplation du public italien dans l’exposition “Nostoi – Chefs-d’œuvre retrouvés” montrée à la Galerie Alexandre VII au Palais du Quirinal de décembre 2007 au printemps 2008. Quelques autres, l’été 2009, ont fait partie de l’exposition “Restitutions archéologiques” qui, près du Palais royal de Naples, célébrait le 40ème anniversaire de l’Institution du commandement des carabiniers pour la sauvegarde du patrimoine culturel.

Parmi ces objets se distingue le cratère d’Europe sur le taureau qui, par le motif représenté sur le côté principal, emblème de l’identité européenne, a été l’icône de l’exposition romaine avec son image reproduite jusque sur les autobus réguliers de la capitale.”

Voici qu’enfin sous la même plume attentive ce cratère dévoile, telle une grande coupe de moût, tel un volcan mêlant les flammes et les pierres, les profondeurs et l’air, son ardente force rafraîchissante  :

“Ce cratère est sans aucun doute une des œuvres les plus travaillées du maître de Paestum ; la scène principale est réalisée avec une savante maîtrise dans la disposition des figures en une construction pyramidale délimitée par la bande réservée qui définit l’espace à cinq côtés, au sommet duquel Pothos (le Désir personnifié), en plein vol, accompagne en l’accentuant le rythme de la course du taureau qui transporte Europe, pivot de la scène. À la base de cette pyramide idéale, Scylla et Triton semblent d’un côté élargir l’espace marin, ponctué d’une myriade de poissons variés, de l’autre le geste de leurs bras et le trident et la roue empoignés par l’un et l’autre amènent les yeux du spectateur sur Pothos vers lequel ils dirigent eux-mêmes leur regard, stupéfaits du prodige.”

Qu’annonce un tel prodige,

sinon la valeur de la gratuité qui reste sans voleur de toute éternité ?

Nous la touchons du doigt dans cette céramique où vibre le sceptre de Zeus, tel un stylet magique pour écrire et faire lire tous les sujets libres !

Europe n’est pas triste : son humeur alchimiste transfigure tous les feux de la vie en un jeu qui sauve et qui relie …

Nous voilà donc prêts à étancher notre soif de culture et d’espace dans ce grand vase sorti de la nuit des temps : apparemment, il est vide, mais  il frémit en réalité, rempli des sources irriguant le théâtre italiote, de la fougue emportant Dionysos, ce neveu d’Europe qui fonda l’art du spectacle. Surtout, il émane de ces retrouvailles providentielles avec les caractères alphabétiques et phéniciens, avec la force de caractère nautique, une image pour devenir un, voire un breuvage d’amitié pour tous les Européens : merci à Elizabeth d’offrir la netteté photographique de “l’écriture par la lumière” à la vision d’Odile et d’Europe comme à la joie de “Théâme” !

 

 

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