Calais, le “mur de l’Atlantique”, pages 128-129 de “L’Impasse” : Médiapop Editions, 2019.

Ces jours-ci paraît L’Impasse, troisième volet collectif d’un témoignage illustré sur “Migrations, les portes de l’Europe”… Titre paradoxal, voire coup de poing. Vous pouvez rencontrer ses auteurs, Eric Chabauty et Pierre Freyburger, en dédicace à Mulhouse : à la librairie Bisey cet après-midi 21 septembre 2019 et, avec Luc Georges, à la librairie 47° Nord mercredi soir 25 septembre.

Première de couverture de “L’Impasse”.

“On parle de crise migratoire mais l’humanité est une grande crise migratoire, s’écrie son exergue emprunté au géographe Emmanuel Ruben ! L’Europe n’est rien d’autre que ça. Nous venons tous de l’Est.”

Or l’Europe naît exactement du Levant, du soulèvement des épis du Croissant fertile, spécialement des écrits et des étraves inventés par les Phéniciens, arrivés jusqu’à nous, sous l’anodine figure d’Eur-Ope, depuis la Méditerranée orientale pour que lèvent les ailes d’autres cultures fraternelles…

Page 229 de “La Dérive du continent“, Médiapop Editions, 2017.

Et le cerf-volant de la joie revenue réellement, ne serait-ce qu’un instant, dans les jeunes gens détenus par des camps de la honte fait penser à de consolantes fictions diffusées par nos écrans : Cerf-volant du bout du monde ou Rosalie Blum.

Première de couverture de “La Dérive du continent”.

Pour ne pas dériver, la première et jeune Europe dut adopter, enfanter, quasiment projeter, une terre étrangère. Pour ne pas dériver, le continent est non pas condamné, mais bien appelé, au partage.

Pages 82-83 de “Sept jours à Calais“, Médiapop Editions, 2015.

Sur ces champs gris, sans être aigris, entre l’errance et l’espérance courent les émigrés et leur souffle affamé. L’exergue du premier tome sans ambiguïté nous somme : “Le manque de liberté est la pire des faims”, écrit Fatou Diome.

Première de couverture de “Sept jours à Calais“. Les illustrations seront plus nettes dans les trois ouvrages en question que dans ce billet !

Les cinq continents – ou les six – restent les doigts de la main pour que tous ensemble aillent tout droit.

Au Bénin, cliché 1 de B. Riss.

Il n’est besoin d’aucune voile pour s’avancer sous les étoiles, et pour ensemble pêcher sans se laisser empêcher.

Bénin, cliché 2 de B. Riss.

Mais il faut traverser cyclones et tempêtes, vouloir faire EUROPE autrement que par l’égoïsme qui ment, garder les profondeurs au cœur comme à la tête. Sur le passé sachons tracer des voies plus fraternelles et des routes nouvelles.

Après une décennie, il faut relire avec profit le très original, actuel et pédagogique “EUROPE, mémoires profondes” aux éditions “Autrement”, 2008 : textes de Johann Chapoutot, Félix Chartreux, Arnaud Houte, Stéphane Mourlane et Jean-Yves Potel, avec des illustrations de Ronan Badel.

La Franco-Vietnamienne Line Papin incarne à sa manière la misère des migrations et des guerres civiles dans sa propre évolution, de l’anorexie jusqu’à l’harmonie, de la pulsion de mort aux bourgeons de l’essor  : “avec les eaux, pour les os, parce que c’est beau”.

Manchette et première de couverture de l’ouvrage de Line Papin, “Les Os des filles“, Stock Roman, 2019.

Des “rallongis pour mieux aller” ? Soudain “la question coupe le silence, en une toute fine tranche”, dépassant les fantômes d’outre-vie. Car, avoue la prose de Paul Valéry, “nous ne pouvons agir qu’en nous mouvant vers un fantôme. Nous ne pouvons aimer que ce que nous créons”. Et Régis Debray développe sa pensée en paraphrasant la poésie de Paul Valéry : “Tu as conjuré, bavarde, la venue du crépuscule” : le nom d’EurOpe n’était-il pas dans son berceau phénicien “le crépuscule” pour devenir, en son aurore crétoise, “Larges-Vues” – par le dialogue sur les rivages plus que par les bavardages ?

Première de couverture du “Tract” de Régis Debray chez Gallimard, 2019.

Seul le partage peut redresser le mât de la joie, de la survie et du climat.

Quatrième de couverture de “La Révolution du partage“, d’Alexandre Mars, Flammarion-France Loisirs, 2018-2019.

One Reply to “EUROPE, autrement.”

  1. Tout faire, tout écrire, tout dire, tout rappeler, tout tenter pour la susciter un peu plus, cette révolution du partage qui fera cesser la honte de notre Europe barbelée et et bardée de mers-tombeaux. Emigrons de nos égoïsmes. Que l’impasse redevienne passe. Il est juste et beau, Théâme, de célébrer, de mettre en exergue et lumière, tous ceux qui – auteurs, photographes, pélerins – s’engagent dans ce sens. Il faut lire ces témoignages expatriés, il faut rapatrier les os de la bonté. Il faut relire les récits fondateurs, il faut lancer des cerfs- volants sur les toits de Calais ou de Mulhouse. Il nous faut des paroles et des ailes pour redonner des épaules à nos prières.Il faut parfois écouter la voix des fantômes, pour qu’autour de nous la voix des mers ne soit pas qu’un immense râle. Il nous faut des avirons et des bateaux et redevenir des rois pêcheurs et même des rois repêcheurs pour qu’à travers cyclônes et tempêtes, des âmes et des corps et des os, qui ne sont pas ceux de Touthankamon, soient sauvés avec leur part vive de chairs et de tendons. Ne laissons pas l’Europe encerclée par une marine vallée d’ossements et que ses plus hautes mémoires ne soient pas momifiées, car elles sont sources et ressources. Tel est, lu entre ses appelantes lignes, le message bouteille à la mer de Théâme. Entrons en résonance avec lui.

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