A Strasbourg se tiennent ces jours-ci les Etats Généraux du christianisme. La ville brille de tous ses lieux en accueillant les lecteurs et amis de La Vie, qu’il s’agisse de l’hebdomadaire d’actualité ou du mystère placé entre conception et résurrection…

Deux spectacles ont permis d’apprécier la jeunesse de Saint Pierre le Jeune et de son cloître qui compte pourtant parmi les plus anciens : le vendredi, les Dominicaines d’Unterlinden ont fait résonner la voix médiévale du Rhin mystique au contact de la flûte enchanteresse et de Jean Tauler, entre silence et vagissement ; le samedi, la bienheureuse Hildegarde récemment devenue docteure de l’Eglise s’est incarnée en trois chanteuses parfois danseuses, et dans des instruments aussi simples que magiques, tels le rhombe et le bol dont émanaient, non pas la basse continue qui nous est familière, mais des hautes notes continues : Choreâme en enjambant les buis transfigura les murs et le bruit… Même les enfants arrivés en retard et apparemment de loin se sont immobilisés dans la danse de l’oreille, entre des fenêtres nous faisant renaître, dans les ébats de l’âme rendus visibles et désirables aux âmes attentives.

Deux débats ont, d’une manière providentielle autant que naturelle, élargi ces Etats Généraux aux dimensions de l’actualité et de l’action concertée. Le vendredi à l’hôtel de la Région Alsace, Jean-Claude Guillebaud traitait avec ses interlocuteurs la question : “Europe, on continue ou on se sépare ?” Or le Prix Nobel de la Paix venait d’être décerné le même 12/10/12 à l’Union Européenne qui, d’après les intervenants, n’a besoin pour durer comme pour progresser que d’enthousiasme et de courage, mais en chaque citoyen européen. Le lendemain à l’Aubette, par-dessus le vacarme d’une manifestation pour la fermeture de la Centrale nucléaire de Fessenheim, Jean-Marie Pelt défendait la vie avec ses interlocuteurs. Face aux scénarios planétaires les plus noircis par les problèmes démographiques, nucléaires, alimentaires, l’humour et la bonhomie ont donné les clés du bon sens pour ouvrir “la porte du salut” comme l’embrasure soudain libre entre les deux ailes, catholique et protestante, de Saint Pierre le Vieux.

Comme le disait récemment Michel Serres dans les colonnes de La Croix du 11 octobre 2012, concernant l’élan de Vatican II, “ce qui reste la nouveauté extraordinaire […] du christianisme, c’est […] l’adoption, le choix délibéré et libre de l’amour” : les débats généreux des Etats Généraux du christianisme tenus à Strasbourg révèlent cette ville comme “la cité des routes” dont elle porte le nom, suivant les voies toujours nouvelles de l’amour fraternel.

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