Etrange verbe, vous dites-vous, que ce titre ESPERESPIRER. Mais, résultant de rencontres entre l’héraldique germanique et la littérature latine, il  nous murmure d’espérer… comme on respire : car, nous le savons, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.

Un livre tout neuf de Jean-Claude Guillebaud le proclame tranquillement : Une autre vie est possible. En confrontant au pessimisme qu’il semble de bon ton d’afficher l’œuvre et la vie de Georges Bernanos (1888-1948), l’auteur nous plonge pourtant dans les contradictions les plus criantes et les plus fascinantes : face à ce qu’il appelle “l’inespoir” et à la peur se dressent le prix de la gratuité, le silence de l’indignation, voire en filigrane l’appel muet de ce qu’est l’Europe, cette “Vaste-Vue” capable de nous faire “lever le nez du guidon” ou de “l’utilitarisme à courte vue” (pages 30, 64, 85). Ne serait-ce pas le moyen pour que “l’Orient du monde” nous rende “le goût de l’avenir” (page 185) ?

“C’est fou”, s’écrie fréquemment l’auteur au fil de son ouvrage, et pourtant tout devient possible : en conjuguant le principe Responsabilité de Hans Jonas au principe Espérance d’Ernst Bloch, le monde est en passe d’être “sauvé” en même temps que “transformé” par un “optimisme stratégique” (pages 180 et 205) pour peu, comme le suggérait le narrateur dans le Journal d’un curé de campagne de Georges Bernanos en transposant la “bonne nouvelle” (page 190 d’Une autre vie est possible) évangélique par définition, que nous ne péchions plus contre l’esprit, c’est-à-dire “contre l’espérance”.

Dès lors, le voile noir qui semble depuis quelques années ou davantage tombé sur le monde en deuil se déchire sur un seuil frais et vrai, sur une joie que rien ne broie, sur une liberté solidaire qui déjà pousse et respire à notre insu, qui espère entre air et terre.

Les pages de ce livre se sont tournées sous une brise estivale, dans le bal des travaux proches et des feuilles en gloire, des ailes invisibles et des pas fraternels, des cloches égrenant très haut les quarts d’heure pour bénir un vieux quartier : le square Saint-Sauveur avait quelques instants le “goût de l’essentiel” qui définit étymologiquement la sagesse, ou la saveur du mariage entre pierre et ciel. Oui, “l’appétit de l’avenir et l’énergie du matin sont vraiment le propre de l’homme” (page 16 d’Une autre vie est possible).

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