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Théâme se souvient de son précédent article, s’achevant sur la citation de Margaret Lee Runbeck : oui, la vie heureuse est voyageuse, comme Europe reliant au Levant l’Occident, au museau d’Aleph l’élan fort et bref de la lettre agile, du signe facile, au galop du Taureau celui du bateau, donc la main de l’un à l’attention de l’autre, à leur démarrage phénicien les commencements européens, aux chemins humains l’envol de l’apôtre… A la veille de la Chandeleur qui fête l’inaugurale Présentation de Jésus, Théâme revoit aussi germer le printemps dernier : sur le campus strasbourgeois, le patio verdissait de patience, de passion, d’une thèse de doctorat soutenue avec le brio de la jeunesse, avec la solidité de la méthode, avec l’énergie lumineuse de la conviction. Or cette recherche a déjà débouché sur l’ouvrage illustrant le billet d’aujourd’hui.

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Cet ouvrage synthétique, précis et documenté nous introduit dans les vastes contrées vivantes de l’alliance par une enquête aussi passionnante que fluide. A partir d’une définition de la mission et du Bénin qu’il a bien connus en Afrique de l’Ouest, Erick Cakpo montre avec autant de discrétion compétente que de juvénile netteté “le rayonnement évangélique” (page 23) à travers la figure de Sophie (27-29) ainsi que “l’éveil de conscience” (41), l’image des Européens qui ne sauraient “marcher” (54-55), mais qui ont diffusé comme “preuve des échanges” (56-57) la “croix cosmique” aux “bras” symétriques, de souffrance et de vie (57-58).

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Au monastère bénédictin de Toffo, le sculpteur béninois Tidjani a sculpté des portes ouvrant de nouveaux espaces : cet ensemble fera l’objet d’une publication ultérieure à L’Harmattan. Mais la crucifixion, reproduite à la page 65 de cette Emergence de l’art d’inspiration chrétienne au Bénin et figurée sur un arbre apparemment familier aux habitants de l’ancien Dahomey, amène tout naturellement au projet de mieux “cultiver leur intelligence et leur cœur” (Mgr Pellet au début du XXe siècle, page 73) par “une communication entre cultures chrétiennes diverses” (97), en resserrant “les rapports avec le peuple de Dieu de tout horizon”  (103) par une “réappropriation africaine du message chrétien” (108), enfin par “un art qui soit en harmonie avec sa foi, sa liturgie et les besoins de ses fidèles” (François Boespflug, page 111). Car, pour le Père Aupiais (1877-1945), “l’art procède de l’âme” et il est “le miroir de toute culture” (117) . Le service missionnaire “Art et Louange” lancé en 1933 par Pierre Baranger et sa sœur Marie, futur membre du Concile Vatican II, relie les cultures entre elles (123-127) ; ainsi, les techniques foisonnantes et profondément implantées entre autres au Bénin leur offrent comme aux missionnaires une “nouvelle patrie” (d’après le Père Planque dès 1869, 134) tout en faisant “éclore” (136) la “Bible des non-lisants” (chère à Grégoire Ier le Grand, 137) page à page, à visage et rivage, voire à mariage clair comme au premier jour, et plus fécond de jour en jour. Le Verbe S’est donc fait toute Chair à travers les âges et les airs : découvrez dans sa fluidité, puis faites découvrir, Emergence de l’art d’inspiration chrétienne au Bénin (XVIIe – XXe siècles) – Missions chrétiennes et arts locaux, par Erick Cakpo, L’Harmattan, 2012.

 

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