Amrit (Syrie), site phénicien, avril 2004.

Un vestige d’Amrit sort de la nuit, sinon du temps, du moins du sang qui a coulé depuis quinze ans et la découverte d’un pays-racine aussi proche que lointain, de ce Proche-Orient dont a jailli la Phénicienne Europe. Mais, nous le savons, elle nous vient de plus loin. Un livre relatant la visite incognito de la terra incognita ubuesque, dantesque et kafkaïenne qu’est la Corée du Nord par le voyageur écrivain Jean-Luc Coatalem nous met paradoxalement, avec lucidité, humour, voire avec lyrisme, sur la piste d’un autre maillon-source de l’histoire.

Dégustez ces Nouilles froides également en livre de poche : “Je lis, donc je lutte”, affirme Clorinde, compagnon raffiné du narrateur.

En effet, au détour de ce surprenant récit, une adjudante nord-coréenne se signale par “des gestes d’apsara”. Quel génie a poussé l’auteur à rapprocher cette sœur et servante de tous les Kim coréens (se ressemblant tels les masques subversifs du révolutionnaire Fawkes !) avec la dansante nymphe hindoue chantée par Leconte de Lisle dans Sûryâ ? N’évoque-t-elle pas du même coup la princesse moins orientale que les apSARAS, mais sur l’eau GLISSANT comme elles, sur une monture également familière – voire due – à l’Inde (source de nos langues européennes) ? EurOpe en tout cas devint la clé de l’avenir en se laissant enlever au Levant par une céleste puissance rusée, puis en donnant vers le Couchant, depuis le littoral de la Syrie (homophone du dieu soleil en sanskrit !), sa forme à la première et royale lettre de l’alphabet, aleph le bovin, le divin, porteur de lumière sur la mer… De Crépuscule (sens de son nom en phénicien), elle se nomma Larges-Vues sur sa terre d’accostage et d’adoption, la Crète, donc la Grèce. Se pourrait-il alors que les deux AMRIT n’en fassent qu’un, ce vieux port phénicien devenu syrien et le gracieux ersatz hindou du nectar assurant l’immortalité ?

Voir d’autres créations d’Augustin Hiebel : https://www.theame.eu/deurope-a-gutenberg/

Nous voilà troublés, comme les eaux dans ce pays du Matin calme, devenu celui de “la Nuit noire” à genoux au pied du Juché qui le piétine. Seul salut pour le visiteur sous surveillance de cette “contrée amputée de tout au-delà”, engluée dans sa misérable soumission : écrire. “Comme un agent en territoire hostile, mes notations sont abrégées, microscopiques, illisibles pour un autre, elles me serviront de matériau pour écrire”.

Rechercher, pêcher, ne pas empêcher la course des sources : héron cendré sur le canal de l’Ill à Mulhouse.

Si l’on ajoute au matériel de survie la lecture – en l’occurrence le roman de Melville Mardi -, l’on aperçoit naturellement dans les lignes de Jean-Luc Coatalem le miracle d’Europe l’apsara libre et libératrice, mère initiatrice : “Oui, reconnaît le lecteur auteur, il y aurait un trésor dans la mobilité : accepter d’être cet autre recommencé en soi, qui épouse les variations de la géographie, le rêve et les contes d’un jour, lâche ses pesanteurs, l’histoire obligée, préfère à tout et à tous le vent, les diagonales, ce qui chante et danse, une transparence…”

Coque d’un bateau crétois rappelant ceux d’Ulysse et des Phéniciens, octobre 2010.

 

 

 

 

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