En 2007, l’équipe qui ne s’appelait pas encore THEAME a créé un produit multimédia que vous trouverez en cliquant sur Europe et Gutenberg et qui est déjà représenté dans ce blog depuis décembre 2011 sous le titre : « A partir de Strasbourg, carrefour de routes notiques, construire la république européenne ». Malheureusement, le temps ayant exercé son action négative, les textes complémentaires ne s’affichent plus comme prévu. Les voici donc  tous les trois, dans un ordre légèrement différent.

1. Hommage à trois dames des cavernes :

 

                 ASTARTÉ

Quelle est donc celle-ci qui monte du désert

Et de la nuit des temps, du fond des cavités

Où des mineurs migrants adoraient ASTARTÉ

Tout en mettant au jour la turquoise bleu-vert ?

 

Son nom fut récemment déchiffré, découvert,

Sur d’humbles murs obscurs tout à coup habités

Par des signes restés sans raison abrités :

Le mystère à nos yeux demeure grand ouvert.

 

Il prend le visage, non d’un peuple haï,

Mais de pâturages ponctuant le Sinaï

Et du premier signe de la première lettre,

 

Aleph, veau qu’adopta l’habile Phénicie

Pour que l’écriture la plus simple relie

Les traits, les sons, le sens, d’un message à remettre…

 

                EUROPE

Et quelle est cette fille échappant à la mer,

Arrachée aux mêmes racines orientales,

Happée par des grottes loin des rives natales,

Sur le dos d’un taureau parmi les pleurs amers ?

 

La bête semble avoir une tête de fer,

Tellement elle a su d’une adresse navale

Fendre les flots profonds sans qu’EUROPE ravale

Le moindre embrun salé. C’en est fait de l’hiver ;

 

L’animal étrange déploie sur une page

Son profil, l’alphabet entier, puis se dégage

De sa forme bestiale ; il redevient le dieu

 

Désirant la beauté mortelle : il la sait prête

A mettre au monde humain, au-delà de la Crète,

La danse de l’échange amical en tout lieu !

               MARIE

Au Levant, quelle dame applique, semble-t-il,

Les conseils de Platon, sortant de la caverne

En pleine lumière non pas d’une lanterne,

Mais de son Nouveau-Né, de Son ardent babil ?

 

Cet Enfant souriant a vaincu les périls

Dressés par la misère et la nuit qui Le cernent

Dans l’étable de pierre ; un âne, un bœuf, hibernent

Près de MARIE : soudain, l’aurore bat des cils.

 

Le Verbe Se fait Chair, l’air respire en cadence,

Le monde se refonde et la vieille éloquence

Cède à l’Esprit le pas : car Lui Seul fait rimer

 

A l’Alpha l’Oméga parmi des hommes frères

Et sœurs, pour que les cœurs deviennent mères, pères,

Du Bien capable de s’exprimer, s’imprimer !

Au sortir de cette si longue et belle histoire,

Le génial GUTENBERG a repris le flambeau ;

La communication va mieux qu’il n’a pu croire :

Que la joie se propage au-delà des tombeaux,

Que sur la mort la paix remporte la victoire !

Car alphabet + navigation = alpha-bateau → expansion culturelle → Europe → l’Europe → Internet, Internautes…

 Octobre 2007- Décembre 2012, Théâme.

2. Europe et Gutenberg :

EUROPE ET GUTENBERG : DE FAMEUX CARACTERES !

Au Ve siècle avant notre ère, notre premier historien, Hérodote, se contenta de souligner l’homonymie entre une jeune femme mythique enlevée du rivage phénicien –  actuellement libanais – par le dieu grec Zeus qui avait pris pour l’occasion la forme d’un taureau, et la région du monde appelée aussi l’Occident. Mais un mythe n’est jamais un conte à dormir debout, et l’inconscient collectif suscite les récits merveilleux qui, loin de bercer le public, le tiennent en éveil, résumant et rallumant tour à tour l’évolution de l’humanité !

 

CARACTERES D’EUROPE

EUROPE s’est donc retrouvée sur le dos d’un taureau, certes séduisant d’emblée, mais par la suite effrayant ; en ce grotesque équipage, elle traverse la mer hostile avant d’accoster en Crète, où sa monture se métamorphose en une créature d’autant plus irrésistible qu’il s’agit du roi des dieux ; entre autres fils, elle lui donne Minos, qui crée la civilisation minoenne en dotant son peuple d’une écriture importée de Phénicie.

Approchons-nous du taureau divin : s’il traverse ainsi la mer, n’est-ce pas une figure des navires phéniciens qui très tôt sillonnèrent la Méditerranée par des techniques hauturières leur permettant, avant tous les autres peuples, de S’AVENTURER au large ? De fait, les mosaïques romaines, par exemple celle de Byblos, représentent souvent EUROPE à la manière d’Amphitrite, l’épouse du dieu de la mer voguant sur un dauphin : au-dessus du taureau qui emporte EUROPE, son voile est lui aussi tendu comme une voile. Quant aux bateaux décorant la céramique attique au VIe siècle avant notre ère, leur proue arbore couramment un museau, un gros œil prophylactique – censé protéger les marins –  et de fines cornes… L’enlèvement d’EUROPE serait donc l’attachante allégorie des emprunts nautiques effectués par les Grecs (entre autres peuples antiques) auprès des Phéniciens.

Mais à ce symbole s’ajoute un trait de caractère commun aux récits et représentations consacrés à la jeune EUROPE : dans le cœur de la fugitive, la pudeur et la peur font place à l’amour, à la maternité, enfin à la générosité qui s’exprime dans les moyens transmis d’une mère à son fils, puis aux sujets de ce dernier, et même à des bénéficiaires très éloignés ; car, au moment même où Minos rédige une constitution dans sa capitale Cnossos, Cadmos, le frère d’EUROPE incapable de la dénicher au cours de sa quête à travers la Méditerranée, se résigne à fonder une ville sur une terre inconnue : dans la rustique Béotie naît Thèbes, elle aussi gratifiée d’un code d’écriture par son fondateur !

La diffusion de cette notation semble couler de source : si la riche intelligence des Phéniciens la prodigue largement, elle se répand d’autant plus vite que leur ART naval se perfectionne et que leurs activités commerciales prospèrent sur tous les rivages méditerranéens. Mais, comme nous le savons depuis une centaine d’années seulement, cette notation possède également une source phénicienne, et ce en plein désert : en effet, les parois d’une mine de turquoise située au sud-ouest dans la péninsule du Sinaï, administrée par les Egyptiens et exploitée par les Phéniciens, ont été gravées, environ deux cents ans avant l’Exode des Hébreux, de signes honorant « la dame de Byblos », la déesse phénicienne Astarté, par un profil stylisé de taureau. Or, pour toutes les langues alors parlées dans la corne occidentale du Croissant fertile, le nom sémitique du taureau est « aleph » ; se trouvant au point de contact des hiéroglyphes égyptiens et du cunéiforme sumérien, les Phéniciens simplifient progressivement ces deux systèmes d’écriture, compliqués et confisqués par les classes dominantes, en les croisant et du même coup en les démocratisant. Ils parviennent ainsi vers la fin du deuxième millénaire avant J.-C. à un code mi-phonétique, mi-graphique, d’une vingtaine de caractères, où un signe représente un son, à commencer par « aleph » dont la forme taurine correspond au premier son de sa dénomination : une consonne muette…

Vous l’avez compris : c’est pour EUROPE l’aube de nouvelles transformations dues au mystérieux taureau. Après s’être improvisée malgré elle capitaine du bateau bestial qui l’enlevait, elle se montre la donatrice d’une miniature bovine qui joint la culture à l’agriculture par l’écriture et qui entraîne à sa suite, sous la forme de signes de notation, quelque vingt images de la vie pastorale appelées à un spectaculaire développement : après « aleph »-taureau qui représente notre futur A, « beth »-maison nous donnera B, « gimel »-chameau nous donnera C et G, « dalet »-ouverture de tente nous donnera D… Notre B.A.BA trouve donc son origine dans l’enlèvement d’EUROPE par un dieu qui endossa la livrée du taureau pour mieux la conduire à bon port et à son propre accomplissement. La langue grecque fit le reste : sa nature vocalique transforma certaines consonnes en voyelles, comme « aleph » qui devint « alpha » α et, par l’intermédiaire des Etrusques, notre a latin, pour aboutir à l’arobase : @. Le beau taureau des commencements est-il pour autant tombé aux oubliettes ? Ce que nous pouvons affirmer pour l’instant est que le nom d’EUROPE, en gagnant quatre voyelles, perd sa signification sémitique de « fille du Couchant » qui faisait d’elle le pendant de son frère Cadmos « fils du Levant », et que les Grecs interprètent aussitôt son appellation comme le contraire de « myope » : « la dame de vaste clarté » (en grec, EUR = large, OPE = vue). De fait, l’organisation de toute entreprise occidentale n’a-t-elle pas son origine dans l’ordre alphabétique ? 

CONVERGENCE D’EUROPE ET DE GUTENBERG

Tous deux sont au fil de l’eau, marine ou fluviale, porteurs d’INVENTIONS : sous la figure trop familière d’EUROPE, il nous a fallu en détecter deux, l’alphabet et la navigation, qui sont anonymes et collectives ; inversement, l’imprimerie est clairement signée par GUTENBERG et il est ainsi associé à beaucoup d’autres grandes découvertes y compris outre-Atlantique dès la deuxième moitié du XVe siècle, mais sa personnalité n’en demeure pas moins énigmatique.

Nous avons souligné que le nom d’EUROPE change de signification avant de devenir, sans raison évidente, celui de notre continent. GUTENBERG a un sort semblable : s’il se nomme d’abord Gensfleisch, un Français traduit bientôt son appellation usuelle par Bonnemontagne. En amont sur le Rhin, la ville de STRASBOURG où il vient vivre de 1434 à 1444 a aussi changé de nom : le camp romain d’Argentoratum (« le Brillant » ?) est devenu en allemand « la Cité des routes ». Or le sceau que GUTENBERG utilise pendant son séjour strasbourgeois est encore celui des Gensfleisch : il arbore un vagabond bossu et encapuchonné, mi-moine mendiant, mi-commerçant, brandissant un objet ovale, s’appuyant sur un bâton de pèlerin et portant peut-être une hotte. Ainsi EUROPE et GUTENBERG évoluent dans l’espace comme dans le temps, allant jusqu’à changer de nom et à se retrouver dans une cité qui traversa elle aussi bien des vicissitudes. Cette ville à l’histoire et à la dénomination biculturelles est-elle le point de jonction entre deux personnages, EUROPE, l’antique Orientale en plein déplacement depuis 1450 ans avant notre ère, et GUTENBERG, vagabond tendu vers son but, vers autrui, vers la sortie du Moyen Age (vers 1450) ?

Ce qui est sûr est que la disparition d’EUROPE aux yeux des siens et son apparition sur un autre rivage ont coïncidé avec la fondation de villes qui, multipliées par l’intervention de l’alpha-bateau phénicien, ont progressivement formé, uni, tissé, le continent européen par-delà rivalités et guerres ; ainsi le taureau ne disparaît jamais de l’histoire européenne, car il symbolise toutes les forces inhumaines, celles de la défiance et de la haine, qui risquent de la ralentir, de la paralyser ou de la pulvériser ; ainsi le Phénix renaît de ses cendres encore ailleurs qu’en Phénicie ; ainsi le mouvement semble assez profondément ancré dans le passé de l’EUROPE, inscrit dans sa nature, pour la déterminer à progresser toujours dans le sens de l’unité comme de la liberté. EUROPE initialise, GUTENBERG finalise : tout concourt à ce que l’EUROPE se réalise, notamment à STRASBOURG ! 

CARACTERES MOBILES

Quand GUTENBERG s’installe à STRASBOURG, un obscur labeur d’alliages et d’orfèvrerie démarre, poursuivi entre miroirs et pressoir : après des expériences menées en solitaire, il fuit la ville sous l’assaut des pires accusations et de la guerre ; mais il paraît avoir emporté avec lui vers Mayence le secret des caractères de plomb, lourds et MOBILES, solides et solidaires.

L’alliance de la MOBILITE et de la solidité caractérisait déjà EUROPE et singulièrement le trésor transmis aux Grecs : la synergie de l’AVENTURE nautique et de l’ART graphique. Dans Phèdre ou de la beauté, Platon nous rappelle justement les limites de l’écriture : car l’écrit qui fige idées et choses sclérose la connaissance tout en relâchant la mémoire avec la réflexion ; son usage n’est bon qu’à cultiver « le jardin des pensées personnelles ». Le terme allemand de « Schriftsteller » pour désigner l’écrivain est évocateur : celui qui dresse des plan(t)s productifs utilise les caractères comme des « Buchstaben », c’est-à-dire de fermes bâtons ; il doit donc veiller à garder libres au souffle toujours frais de l’inspiration les ailes de l’âme telles que les décrit le même dialogue platonicien. En reliant au signe cursif le sens discursif, à la solidité la MOBILITE, EUROPE et GUTENBERG se révèlent bien sœur et frère, au service des caractères courants, donc d’une course essentielle et d’un but infini.

Ce n’est pas un hasard si la dame de Byblos que nous avons aperçue dans les mines du Sinaï suscita le premier tracé de la première lettre de notre futur alphabet : en effet, le taureau « aleph » était indissociable de son culte. Nous pouvons aussi affirmer que sa compatriote EUROPE lui succéda par son goût pour les taureaux, par son adaptation au sol de la Crète et par son rôle imagé dans l’évolution de la notation. Enfin, au début de notre ère, une fille de la même région, mais attestée par les historiens, la Palestinienne Myriam, se réfugia dans une grotte de bouviers pour mettre au monde celui qu’on appellerait le Fils de l’homme et qui serait le Verbe fait chair. Tout cela nous rapproche paradoxalement du mythe de la Caverne : dans la République, Platon ne cesse de nous recommander de sortir de la caverne que sans fin l’ignorance reforme et referme sur nous, pour que la lettre ne nous tue pas, pour que l’esprit vivifie en renouvelant par ses moindres mouvements la face de la terre et  « que la lumière soit » toujours plus puissante. Après EUROPE, GUTENBERG nous montre que, sans une force d’âme pétrie d’ouverture, les performances techniques ne sont rien et que, sans l’ART du dialogue fraternel, l’AVENTURE de l’EUROPE ne peut que sombrer.

A la suite d’EUROPE, « la dame de large clarté » dont nous portons le nom, qui figure l’AVENTURE, inaugure l’ART, franchit la mer et la peur pour nous en affranchir, Jean de Bonnemontagne habite encore l’EUROPE à l’ombre de la flèche rose qu’il vit à STRASBOURG s’élever, s’achever et s’imprimer entre terre et ciel, tandis que les caractères MOBILES de GUTENBERG devenaient des MOTEURS de civilisation. Que la région du Rhin supérieur émerge avec sa capitale des ombres du passé comme taillée en interface, polie en plaque tournante, sculptée en un vibrant « triangle » : ciselée en un réseau multipolaire à la mesure d’EUROPE et de l’EUROPE !

 Octobre 2007-Décembre 2012, Théâme.

3. Europe : Geheimnis / Secret.

EUROPAS GEHEIMNIS

 

Als die von Phönizien ausgerissene Prinzessin zitternd in Kreta anlandete,

Wusste sie nicht, weder dass ein neues Königtum auf sie wartete,

Noch dass für uns EUROPA durch sie bereit war :

Ihre Brüder bahnten sich zu gleicher Zeit den Weg durch die See,

Ohne das Schwesterchen zu finden, nach dem künftigen Griechenland,

Das sofort langsam und geduldig, nicht mächtig, sondern prächtig, entstand.

Zwischen Raub und Raum,

Zwischen Klagen und Fragen,

Zwischen Klüften und Düften,

Klingt deshalb der gewöhnliche Name EUROPA

Erstens, wie ein erschreckender und erweckender Traum,

Zweitens, wie ein zwar heimlicher, aber auch ernährender Schaum.

Das Ufer stieg da auf

Und hier lag der Strand,

Wo die Jungfrau traurig sah,

Wie sie vom Unkennbaren umschlungen

Sass. Doch plötzlich flossen aus ihrer Hand

So viel sichtbare und unendlich rauschende Schätze,

Dass endlich vor dem Göttlichen das Tierische verschwand,

Dass durch ihre Augen eine Folge dünner und leiser Linien erschien :

Dann zog eine von fern kommende Schar flüsternder und schimmernder Sätze dahin.

Denn der verlorenen EUROPA war gelungen, an einem doppelten Wunder teilzunehmen :

An der Schöpfung einer wachsenden tanzenden Welle

Aus der Wüste und einem Stier,

Aus dem Aleph und dem Schiff,

Aus dem Segel und dem Alpha,

Und am hellsten Morgenrot für das Abendland.

So mag längst zwischen dem verborgenen Weiblichen und dem unerklärten Sächlichen

Das Wort EUROPA auf das Knospen des Blutes und das Blühen eines Sprunges deuten :

Zwischen der entführten Fremden und dem emporragenden Festland

Muss aus dem gemeinen Namen das tätige Amen atmen !

Schon kann uns die Finsternis eines tief alten Geheimnisses

Ein breites, gastliches und gemütliches Heim erbauen.

Weil in der stillen Stimme der EUROPA

Schritt und Schrift, Lauf und Überlieferung säuseln,

Deswegen schallt der Beruf des EUROPA wie ein Ruf  :

Lasst uns EUROPA folgend empfangen und entdecken

Um füreinander zu streben und miteinander zu leben !

 

Durch EUROPAs Gestalt,

die trotz Drang, Zwang und Gewalt

über der fremden Flut singt

und die Hauptsachen uns bringt,

stosst das Europa aus dem alten Phönizien, aus dem lebendigen Libanon,

mit den köstlichen Buchstaben und dem kräftigen Schiffsrumpfe, ab.

Das Boot schafft

die Botschaft

und das Alphabet lenkt das Gebet ;

lasst uns pflegen mit einem heissen

Eifer, weil wir Europa heissen !

Welch’ eine freie Entstehung

kommt aus EUROPAs Entführung !

In Ihrem Rahmen fliesst unsere Quelle,

von Ihren Gaben bebt unsere Schwelle,

durch diesen Namen rauscht unsere Welle !

 

6. April  2006 –  18. Dezember 2012, Théâme.

 

LE SECRET D’EUROPE, SECRET DE L’EUROPE

 

(version française d’EUROPAS GEHEIMNIS, paru dans la revue Philia de Wurtzbourg en 2007)

Pour Evangelos KONSTANTINOU et pour Birgitta SIGFRIDSON.

 

Lorsque la princesse arrachée de Phénicie accosta tremblante en Crète,

Elle ne savait pas qu’un nouveau royaume l’attendait,

Ni que L’EUROPE nous était préparée par elle :

Ses deux frères avaient à ramper l’un et l’autre sur la surface marine,

Sans pouvoir trouver la petite sœur, vers la Grèce à venir,

Qui aussitôt jaillit avec lenteur, avec patience, en remplaçant la puissance par la splendeur.

Entre la capture et l’ouverture,

Entre les gémissements et le questionnement,

Entre les précipices et les odorantes délices,

La résonance du nom courant EUROPE

Ressemble d’abord à un songe effrayant qui vous réveille

Et ensuite à une écume certes secrète, mais aussi nourrissante.

Le rivage surgit là

Et là se trouvait la plage

Où la jeune fille se vit tristement,

Dans les mailles serrées de l’inconnu,

Inerte. Mais brusquement s’échappèrent de sa main

Tant de trésors visibles et bruissants à l’infini

Qu’enfin le divin se dévêtit du monstrueux,

Qu’à travers ses yeux parut un cortège de lignes fines et douces :

Alors s’avança un immense peuple de phrases chuchotantes et scintillantes.

Car la fille perdue EUROPE eut le bonheur de prendre part à un double miracle :

A la création, à l’amplification,

D’une vague qui dansait, qui gagnait,

Née du désert et du Taureau,

De l’Aleph et du bateau,

De la voile et de l’Alpha,

Donc au lever de soleil le plus éblouissant pour le Couchant.

 

Ainsi donc, entre l’impénétrable nom propre et le toponyme articulé,

Le terme EUROPE indique le bourgeonnement du sang comme la floraison du bond :

La rencontre entre l’étrangère qu’on enlève et le continent qui s’élève

Doit amener notre nom commun à devenir un actif oui collectif !

Déjà l’impénétrable obscurité d’un vieux secret vénérable

Peut fonder et sécréter un vaste chez-nous hospitalier, fait pour épanouir cœur et corps.

C’est parce que dans la voix silencieuse d’EUROPE

Murmurent des traces et des tracés, des courses au loin et des passages de témoin,

Que la vocation de L’EUROPE retentit comme un cri d’appel :

Sachons à la suite d’EUROPE accueillir et découvrir,

Pour offrir des inventions solidaires, pour remplir notre mission communautaire !

 

Sous les traits mystérieux d’EUROPE

Qui, forcée, enlevée, galope,

De la lointaine Phénicie et du Liban libre

Nous sont pourtant venus la vie

Et l’élan, qui vibrent

A l’infini,

De l’écriture

– Cette aisée

Et légère

Amie –

Comme de la membrure

Ailée

Sur la mer.

Le bateau

Crée les mots

Du message,

Et de l’alphabet

La prière naît

De rivage en page ;

Puisque nous nous appelons

L’EUROPE, affinons les dons

Qui soignent

Et joignent.

EUROPE ravie

Invite et relie ;

Notre source chante en son espace,

Des dons de son œil

Tremble notre seuil :

C’est par son nom que nos ondes passent.

Strasbourg, 6 avril 2006 – 18 décembre 2012.

Par-delà cette modeste balade historico-poétique, relevons donc à Strasbourg, avec la même détermination que les pères fondateurs, le défi des bâtisseurs. Pour mieux tisser les Deux Rives, reprenons en main une tapisserie municipale conçue par Marc Petit et mystérieusement disparue : construisons ensemble, enfin, la cathédrale d’une évolutive et vive Union Européenne.

 

 

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