jaspe

Le jaspe, dont le premier nom est apparu en indo-européen à partir des langues sémitiques, garde au fil des ères une aura mythique.

Pour Platon, dans le Phédon (“le lumineux”) ou de l’âme, il porte certes, mais ne supporte guère, la comparaison avec les joyaux de la région terrestre originelle : “Les pierres y présenteraient une splendeur supérieure : lisse, transparente et colorée. De ces roches les fragments que nous connaissons ici-bas ne seraient que des membres aimés : sardoines, jaspes, émeraudes, etc.” (110 d, traduction proposée par Théâme.)

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A l’inverse et quelques siècles plus tard, après être entré dans les ornements sacerdotaux du peuple juif, au terme de la Bible dans l’Apocalypse attribuée à l’apôtre Jean, le jaspe réapparaît comme élément constitutif cette fois de la Jérusalem céleste : “Quelqu’un y siège, comme une vision de jaspe” (Ap 4, 3) ; “de la gloire divine le radieux éclat faisait penser à une pierre très précieuse comme le jaspe” (Ap 21, 11) ; enfin, de cette cité “le mur avait son assise dans le jaspe […] Les fondations du mur se paraient de toute pierre de grand prix, et la première était de jaspe.” (Ap 21, 18-19, traduction proposée par Théâme).

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Or le substantif à l’origine féminin de jaspe aboutit par évolution phonétique à l’adjectif diapré, s’offrant à des rimes naturelles comme avec “empourpré” ou “pré” ; ainsi, chez La Fontaine :

Ils arrivèrent dans un pré

Tout bordé de ruisseaux, de fleurs tout diapré,

Où maint mouton cherchait sa vie :

Séjour du frais, véritable patrie

Des zéphirs […] (Fables, IV, 12.)

C’est ainsi que parfois les pierres sorties des monts bohémiens, enfilées sans manières sur un cuir en lanière, serties d’un or musicien, comblent mains et cœurs de lumière, comme si les rochers devenaient des ruchers plus que pour le miel : pour ouvrir le ciel.

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