En croix d’épines file un jeune araucaria : sur l’araucaria fossile germe un frémissant aria
qui devant lui démarre un siège léger comme un bouchon de liège.

Confiné, le faîte de toutes les fêtes… Quelle ration de frustrations ! Mais une barque laisse sa marque au creux de nos cœurs : celle du Seigneur.

Bible catholique publiée à Nuremberg en 1763 : gravure de J. P. Funck illustrant le passage de l’évangile selon Matthieu (chapitre 14, 31) où Jésus, marchant sur la mer, y soutient Pierre.

Les Pâques de notre enfance étaient de fraîche espérance, courant à travers d’immenses vergers où sous le vinaigre s’étaient logés, pour aggraver et calmer notre fièvre, d’improbables “œufs” pondus par un “lièvre” : l’onctueux chocolat, produit par l’usine elle aussi voisine, brillait d’un clair ou sombre éclat dans l’herbe épaisse d’autres promesses, d’un lourd velours où frémissait un mystère parmi les plis de la terre. Quel était le signe bref venu d’une proche nef ?

Ô cathédrales, je vous vois
Semblables au navire émergeant de l’eau brune,
Et vos clochetons fins sont des mâts sous la lune ;
D’invisibles ris sont largués,
Une vigie est sur la hune,
Car immobiles, vous voguez,
Car c’est en vous que je vois l’arche
Qui, sur l’ordre de Dieu, vers Dieu s’est mise en marche ;
La race de Noé gronde encore dans vos flancs ;
Vous êtes le vaisseau des immortels élans,
Et vous bravez tous les désastres.
Car le maître est Celui qui gouverne les astres,
Le pilote, Celui qui marche sur les eaux…
Laissez, autour de vous, pousser aux noirs oiseaux
Leur croassement de sinistre augure ;
Allez, vous êtes la figure
Vivante de l’humanité ;
Et la voile du Christ à l’immense envergure
Mène au port de l’éternité.

Germain Nouveau, “Les Cathédrales” (1881) dans La Doctrine de l’amour.

Salon Manarola de marque Roset : pourquoi donc nous mènerait-il en bateau ?…

Même quand les vide le Covid avide, souvent nos salons se changent en ponts. Car les chaînes de télévision sont fières de pouvoir encore braver les frontières pour tisser plus avant la liberté par leurs claires navettes de beauté : les larmes sèches ouvrent la brèche et même l’eau du baptême, bien plus haut que les blasphèmes muets hurlés par le mal, que ses crocs de chacal.

Détail de la Résurrection dans le Retable d’Issenheim :
page 153 de “Grünewald – Le Retable d’Issenheim” par H. Geissler, B. Saran, J. Harnest,
A. Mischlewski (avec des photos de Max Seidel), publié par l’Office du Livre, Fribourg,
et la Société française du Livre, Paris, 1973-1974.

Pendant que le printemps semble exploser de vie, même gantés-masqués, nous sommes “embarqués” ! Mais laissons d’abord la poésie de Germain Nouveau nous relever :

“Qui donc fera fleurir toute la pauvreté ?”

Alors, dans ce monde opaque, nous renouons avec la Pâque première, celle qu’il fallut prendre debout, en toute hâte avant de prendre une autre route pour fuir la nuit comme le joug, pour orienter vers Dieu l’écoute, pour traverser enfin le désert vers l’accord :

“Sachez aimer votre âme en aimant votre corps…”

Parfois nos maisons familières, grâce au nom d’un créateur, lèvent l’ancre vers la lumière, vers l’invisible Sauveur.

Capture d’écran : rivage et barques de Manarola (Italie).

One Reply to “Des marques de barques.”

  1. Alors que le Navirus prénommé CORO fait encore le corsaire sur nos terres-mers, voici qu’un autre navire fait voile vers nous. Une simple barque en vérité. Alors que le Fils de l’Homme l’autre jour y dormait, voici qu’en ce jour il marche sur les eaux et tend à Pierre sa main. Peut-être à certains reviendra ce chant ancien de ma jeunesse ardente :
    “Si la mer se déchaîne
    Si le vent souffle fort
    Si ta barque t’entraîne
    N’aie pas peur de la mort.

    Il n’a pas dit que tu coulerais
    Il n’a pas dit que tu sombrerais
    Il a dit
    Passons à l’autre bord.”
    Nous sommes certes embarqués sur un drôle de bateau à l’encore long cours. Alors, qu’à chacun soit donné de passer à l’autre bord, sans rompure encourir, que ce soit de corps ou d’âme. L’ancienne Pâque, Pessah, vient du terme hébreu “et il passa”, voire “et il sauta”, désignant l’ange de la mort qui passa par-dessus les maisons des Hébreux en Egypte et qui épargna leurs fils, car les linteaux étaient marqués du sang de l’agneau. Puisse l’ange-covid lui aussi passer outre, et laisser sains et saufs nos esquifs. Oui, que la voile du Christ à l’immense envergure nous mène sur cette autre rive où nous attend peut-être Notre-Dame de Lumières (comme René Char) ou Notre-Dame de Belle Garde, elle qui protège tous les marins du monde : ” Ô Dame évanouie, servante de hasard, les lumières se rendent où l’affamé les voit.”

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