Mulhouse : le canal de l’Ill est calme et tranquille en cette fin mars.

I. M. En Mémoire de tant de médecins tombés sous le dévouement de leurs mains amies, sous l’affrontement de l’épidémie, en hommage à tant de vies données pour soigner.

Aux “gestes barrières“, des “gestes lumières” répondent pour que nos cœurs d’entraide restent moteurs, afin que les rivières rassemblent nos prières et que sur nos talus se penche le Salut : quelle oreille sur nous veille, prodiguant ses soins de près ou de loin ?

Enseigne d’audioprothésiste.

Le péril nous appelle hors de l’ombre, nous déliant de tout ce qui nous encombre… Que nos doigts ne tremblent pas, de peur immobiles, que nos solidaires solutions soient utiles.

La vigie de l’école vide attend impatiemment le retour des enfants.

Vois donc des gens, comme dans une souterraine habitation caverneuse dont l’envol vers la lumière tient l’ouverture large tout au long de la caverne, là depuis l’enfance se trouvant dans des chaînes aux membres comme à l’échine, jusqu’à rester sur place, à ne pouvoir que devant eux regarder, à la rotation des têtes soustraits par leur chaîne,

vois une lumière pour eux venue d’un brasier en hauteur et au loin brûlant derrière eux, entre le brasier et les enchaînés une montante route près de laquelle…

(tu) vois encore un muret attenant, comme chez les illusionnistes devant les gens se dressent des cloisons sur lesquelles leurs illusions sont mises en scène.

PLATON, La République, VII, 514 a-b : proposition de traduction par Théâme.

Tel est en traduction littérale le début du mythe, ou de l’allégorie, de la caverne au livre VII de La République platonicienne. Les puristes académiques vont se récrier, se révolter, devant les sacrilèges linguistiques et philosophiques affligeant ce fleuron de la tradition. Mais, dans cette phrase grecque d’une seule venue, se trouve condensé depuis près de 2 500 ans l’accomplissement d’une ample et muette geste lumière :

nos jeux d’ombres, notre servitude plus ou moins volontaire, l’inhumanité de ce siècle comme du précédent, les illusions pour faire diversion,

puis la vision qui se déploie sans bruit, qui délivre et nettoie,

enfin le jour qui règne au-dehors, au-dessus, au-dedans même de la terreuse catastrophe,

le jour auquel nous aspirons à pleins poumons dans notre prison plus ou moins dorée, dans notre maison à peine adorée, comme à la claire guérison, comme au retour de l’horizon.

A nos murs tristes rit et résiste le lutin des jardins.

Et voici que l’annonce – presque nous relevant, puis nous accompagnant, comme l’en supplie le Psaume pour les soignants – du fond de la nuit fonce ! L’ange fait irruption par le souffle, le geste invisible, de la lumière la plus sensible, par la bénédiction qui tient en deux verbes, ou plutôt deux emplois superbes du même, le souhait impératif, puis le participe parfait passif, déclinant la vie hors de tout déclin et l’énergie comme un matin : “Je te salue – réjouis-toi -, Marie, qui brilles de la joie infinie“.

Annonciation, détail (taché, restauré depuis ?) des pages 98-99 de “Grünewald – Le Retable d’Issenheim” par H. Geissler, B. Saran, J. Harnest, A. Mischlewski (avec des photos de Max Seidel), publié par l’Office du Livre, Fribourg, et la Société française du Livre, Paris, 1973-1974.

One Reply to “Des gestes lumières.”

  1. Il est juste et bon d’écrire la chanson des gestes : prudence des gestes-barrières, espérance des gestes-lumières. Soyons sans peser les uns pour les autres des think-tanks, des boîtes à lucioles, des ressources : énonçons des mots essentiels, des mots qui portent immédiatement secours. Ayons pour nos voisins une terrestre silhouette d’ange rouge, d’ange d’annonciation. Quant à la rivière, confions à son fil notre prière. “Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de prison, / garde-nous violent et ami des abeilles de l’horizon.” Pour le miel de demain, soyons des ruchers-écoles, tandis que dorment nos écoles, veillées au milieu des muscaris par un chat de velours. Que butinent les chères industrieuses et que jardinent les jardiniers, et que des mains de louange et de prière se joignent les unes par-dessus les autres.

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