Strasbourg, Grand-Rue.

Quelle vue sur la rue offriront les volets – quand ils battront libres, de toutes leurs fibres – à la tête aux aguets, émue ?

Près de la gare de Bollwiller (Haut-Rhin).

Nous sommes tous exilés du présent ou du passé, du ciel ou de la terre, sous la haine et la guerre !

http://www.francebillet.com/place-spectacle/manifestation/Exposition-VAN-GOGH–LA-NUIT–TOIL-E-ATVAN.htm#/calendrier/

Mais la beauté peut surgir des périls, des rejets, des errances, des exils. Van Gogh lui-même voit s’étoiler des ténèbres qu’il avait crues perdues, mais que soudain célèbrent les murs d’un atelier désert, presque oublié, la technique, la musique et la magie du MOUVEMENT : le CINÉMA né de Vincent ! Des fictions policières sort aussi la lumière lorsque la terreur réveille nos cœurs et que les villes familières lèvent lentement leurs paupières, du pestilentiel jusqu’à l’essentiel.

Jean Chuberre.

Alors laissons l’homme, ses armes de Fausset, ses hâtes de basset, et qu’enfin se nomme, plus haut que le malheur, le sens de la valeur. Le héros impavide avec ses regrets sourds rencontre un air fluide au centre de Strasbourg, creusant une fente pour l’exilé de la beauté, contre toute attente, dans le trou noir du désespoir :

Strasbourg, église catholique Saint-Pierre le Jeune.

Au bout de dix minutes, il arriva à la hauteur d’une statue représentant Charles de Foucauld. Derrière elle, l’entrebâillement de la porte d’une église semblait l’inviter à entrer. Il se glissa à l’intérieur. Ce fut comme si le silence lui tombait dessus, lourd, intense, profond. […] Il releva la tête et aperçut la statue de la Vierge tenant l’Enfant Jésus dans ses bras […] Il avait l’impression que la statue le fixait d’un regard triste et douloureux et que l’Enfant Jésus le désignait du doigt avec un air sérieux et réprobateur.

Il se secoua.

(Jean Chuberre, Laissez-moi cet homme, Strasbourg, Vibration Éditions, 2019.)

Délibération ou libération ? Il faut du temps pour que la tombe vide accueille un baptême d’ondes limpides.

Mulhouse, église Sainte-Marie : décoration baptismale et pascale.

Il faut la paix pour qu’un bunker, soudain, voie refleurir les arbres du Jourdain.

Près de l’abbaye d’OElenberg (Haut-Rhin).

Il suffit de traquer la laideur assassine, il suffit que de l’âme une lueur se dessine, pour sauver la beauté, voire les artistes que l’horrible attriste, et pour reconstruire les chœurs sur nos trop peureuses torpeurs.

Abbatiale d’Ottmarsheim (Haut-Rhin) : édifice du XIe siècle restauré après l’incendie de 1991.

Ainsi les fêtes peuvent jalonner les millénaires, les saints rayonner : près de la Divine Miséricorde, Joseph l’artisan d’attention déborde.

Reproduction du Christ-Croix révélé par Anne Miguet et créé par Mme la Pasteure Béatrice Hollard-Beau.

Entre les réfugiés et les privilégiés court, telle une bonne étincelle, une fraîche soif fraternelle ou bien la faim d’un autre pain, comme la nostalgie non pas d’une magie, mais de la splendeur qui vit bien plus qu’elle n’assouvit.

Rudy Ricciotti.

“Mis en déroute par un manque de soin, écrit Rudy Ricciotti dans L’Exil de la beauté, l’infini des beautés expulsées par l’indifférence du temps est une perte sèche pour l’humanité.”

Sélestat, Bibliothèque Humaniste : rénovation par Rudy Ricciotti.

Contre la tyrannie des petits appétits, mieux vaut voir alors les films “ratés” de Tati :

Playtime devint un chef-d’oeuvre, réussissant le tour de force de disséquer avec minutie la dégradation de notre environnement, en admirant ce qui y participait, les lignes des bâtiments, la géométrie des façades, la monochromie des couloirs répondant au gris des costumes, les espaces de travail modulaires, les verres des baies vitrées, obligatoire transparence de nos vies, et leurs reflets, qui nous alertent sur les dangers de faire de nos intimités un spectacle permanent.

(Rudy Ricciotti, L’Exil de la beauté – Conversation pour demain – avec David d’Équainville, Paris, Les éditions Textuel, 2019.)

Textuel.

Or la quête d’un autre grand Méditerranéen résonne de très loin dans ces lignes contemporaines. Elle nous met en route vers une spirituelle, universelle, intemporelle, patrie – qui demeure à portée de main ou de souffle, mais comme une immense tendresse exilée par notre faiblesse :

Tard je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si neuve, tard je t’ai aimée ! Et voilà que tu étais à l’intérieur, que j’étais à l’extérieur, que je te cherchais ailleurs, que sur les êtres pleins de grâce que tu as créés, moi plein de disgrâces, je me ruais ! Près de moi tu étais et près de toi je n’étais pas […] Et je reste saisi de passion pour la paix que tu es. Augustin d’Hippone, Confessions, Livre Dixième, XXVII : traduction proposée par Théâme.

Marseille, MuCEM. Architecte : Rudy Ricciotti.

 

 

 

 

 

 

2 Replies to “Des exilés de la beauté.

  1. Merci à Rudy : “l’architecte de la lumière sait de verre sa province bleue”, et à saint Augustin. Oui, “dans nos ténèbres il n’y a pas une place pour la beauté, toute la place est pour la beauté”, souffle avec eux René Char, et à chacun de nous il incombe de réparer cet EXIL DE LA BEAUTE, de devenir ses fins limiers. “Qui ne s’étoile s’étiole”, disait mon père pensant au grand Vincent d’Arles et jouant comme Sylvain Tesson et Etienne Klein aux anagrammes remarquables. Nous aimons aussi la poésie des volets et persiennes : le geste d’ouvrir les volets, comme il salue bien le matin et ses aurores aux doigts de rose, et celui de clore des persiennes comme il prend soin d’une intimité ! Nous aimons le lierre qui semble déporter sur les linges blancs de l’autel un peu de la ferveur des forêts : du même lierre je couronne mes aimés et, à la promenade, ils redeviennent la transparence même. “Beauté ma toute droite”, apostrophe encore René Char, comme fit jadis Augustin. Et comment ne pas songer aux BEAUX pieds du messager sur la montagne d’Isaïe ? Pour Béatrice Hollard-BEAU , dont le nom semble une bannière de ce beau que nous cherchons tous avec ardeur, la beauté est rouge et a visage de Croix. Telle l’oeuvre, tel le poème qui en “rusant avec la politique, rappelle à l’action publique le soin que met le langage à se soucier de la terre et du vivant”, dit Frédéric Boyer. Quant à la la rose, “nous sommes une fois encore sans expérience antérieure, nouveau-venus, épris, la rose”, murmure encore notre René de l’Isle-sur-Sorgue. Demeurons épris, demeurons poètes.

    1. Oui, demeurons épris de l’Esprit de beauté, par-delà les provocations rabelaisiennes ou repoussantes auxquelles s’adonnent parfois ses serviteurs, à force de révolte contre la pusillanimité des constipés dénaturant la splendeur à force de fadeur…

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