Première de couverture du livre “J’étais en prison, vous êtes venu jusqu’à moi”, Bayard, 2018.

Francis Brignon a donné à son ouvrage un titre haché, jailli de l’Evangile : “J’étais en prison, vous êtes venu jusqu’à moi”. De même qu’il cite ainsi Jésus s’adressant à nous dans la Bonne Nouvelle selon Matthieu au chapitre 25, l’auteur s’identifie aussi à ceux qu’il vient voir et parfois accompagnera jusqu’à la libération, jusqu’à la réinsertion : Prisonniers, nous voici confrontés à de déroutantes “vacances obligées” ! Contraints par notre incarcération à faire halte. Incarcérés, nous avons été comme saisis de vertige.

“La prison et l’hôpital, deux écoles spécialisées” : c’est la définition fédératrice qu’en donne Francis Brignon, car il sait d’expérience que les femmes et les hommes y apprennent lentement l’essentiel, ensemble et séparés comme dans les drames de Paul Claudel. En ces réduits de patience, on laisse humblement une vérité monter en soi, se dire et se dilater sur la page plus ou moins blanche présentée par la souffrance : “Ecrire, c’est laisser la mémoire devenir chair et sang”, affirmait Jean Sulivan dans Matinales paru chez Gallimard en 1976.

Quatrième de couverture de l’ouvrage du P. Francis Brignon “J’étais en prison, vous êtes venu jusqu’à moi”.

Des films récents nous mènent à de pareilles détentions ou tensions, contrastées et rédemptrices de la liberté même. Dans “Gloria Mundi” de R. Guédiguian, Daniel devenu grand-père de Gloria sort de prison pour y retourner librement, après avoir encore sauvé dans la douleur un être cher : il incarne l’être effacé prenant en compte avec un imperceptible tressaillement, comme dans son journal intérieur, à la fois la servile violence abjecte et la splendeur de la vie que revêt la seule “gloire du monde”.

http://diaphana.fr/film/gloria-mundi/

Dans le film d’Elia SuleimanIt must be haeven“, les barreaux sont remplacés par la tension qui garrotte et ligote l’Occident : au lieu d’offrir le moindre havre de paix, celui-ci se réduit à un étouffant cachot sans limites, sans relations, sans paroles, soit aseptisé, automatisé, déshumanisé comme à Paris, soit armé jusqu’aux dents comme à New York. Tel un oiseau libre, les yeux déconcertés du réalisateur-acteur palestinien parviennent à dessiner et désigner avec un humour suppliant l’espace des possibles.

Au cinéma Bel-Air de Mulhouse, cocasse superposition de présentations : derrière la silhouette ailée d’Elia Suleiman, une feuille légère est consacrée au Piaf qui semble son petit frère.

Mais il existe encore une autre brèche pour l’âme et pour sa respiration fraîche : la jubilation de l’orchestre ou d’un trio frêle et terrestre.

Du tambourin la toile et de Noël l’étoile sont tendues sur la croix des continents par trois : à l’église Ste-Marie de Mulhouse, l’ensemble “Travesia” réunit Argentine (Claudia Reggio), France (Jean-Luc Roth), Irak (Adib Alshamas). On voit l’oud à droite.

On dirait que même les conflits soudain peuvent tomber dans l’oubli quand les plis d’une étoffe chassent les catastrophes sous leurs couleurs grand teint, réversible matin transformant nos prisons en rive : “Délivrance aux âmes captives !” Ainsi tombe le rideau, fin comme une voile future ou la suprême échancrure, du Soulier de satin.

Châle irakien.

2 Replies to ““Délivrance aux âmes captives !”

  1. Etreinte de ces mains qui ont traversé les barreaux et, en sortie, se sont jointes. Oui, le monde est plein de cages et le Christ nous y envoie, car il demeure en ces petits d’entre les siens. Dans ces “réduits de patience” se peut-il que grâce à quelque visiteur venu de Dieu lui-même la vacance augmente l’âme? Non, “tous les hommes ne vivent pas de la même façon” et c’est d’un enfermé que nous parle aussi Jean-Paul Dubois dans son récent livre prix Goncourt. AUX CAPTIFS LA DELIVRANCE est aussi la devise des Frères trinitaires dont la mission est de faire tomber les chaînes et les servitudes. On songe alors au Christ aux liens qui, les acceptant, s’est rendu frère de tous ceux que ligote et enchaîne un mal subi ou commis. L’on peut, sortant de prison, devenir pour autrui celui qui délivre. On peut par les seules ailes de la charité et de la beauté réouvrir les portes trop fermées du paradis. Car le Royaume qui vient doit être de ce monde, dont la gloire est si cachée, et auquel l’Eden semble impossible. Que la musique soit, qui éclaircit les âmes. Que le chant raisonnable des anges monte du navire sauveur et que le monde soit couvert d’un lumineux châle de prière.

    1. Merci, Anne, de nous présenter les très anciens ordres dits rédempteurs, aux noms désuets, mais évocateurs : les Trinitaires (dits encore Frères aux ânes et Mathurins) ou les Mercédaires au service de la Merci, c’est-à-dire de la divine miséricorde. Ensemble, chacun à notre place, continuons de travailler et de veiller à l’Avent – donc à l’avènement de la liberté.

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