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Nous redoutions d’entendre tomber cette nouvelle depuis quelque temps. Stéphane Hessel est décédé. Mais son silence résonne comme un appel à la fois plus fort à nous “indigner” et plus doux à nous “engager”. Car sa voix continue de moduler la poésie qu’il a chérie et servie, comme un langage de liberté, comme un gage de solidarité : “C’est par des échanges de dons que l’on peut faire progresser une harmonie”, écrivait-il encore en 2011 dans Tous comptes faits… ou presque. Sur des pentes  de Haute Alsace, son souvenir veille plus précisément, puisque François Truffaut y tourna de nombreuses scènes de “Jules et Jim”, à la ferme du Molkenrain au-dessus de Masevaux, comme au Florival dans la gare ou sur les rails de Lautenbach : ce film adaptait la biographie de Stéphane et des siens déjà romancée par Henri-Pierre Roché, partagée entre la France et l’Allemagne au siècle dernier.

Oui, ce résistant, ce militant de la paix, sut braver les dangers, gravir les échelons, pour contribuer au bien commun et pour voir plus loin, selon le nom d’Eur-Ope et d’après l’une des Pensées de Blaise Pascal : “Le propre de la puissance est de protéger”. N’est-ce pas l’une des convictions qui portèrent également toujours en avant Manegold, de Lautenbach précisément, juste mille ans avant Stéphane Hessel ?  Qu’on en juge par le début du chapitre XXX de son Livre à Gebhard rédigé à la fin du XIe siècle, en pleine Querelle opposant sur les investitures de l’Eglise le Pape et l’Empereur germanique, lorsque le père de famille et brillant professeur itinérant médite sur le personnage investi du suprême pouvoir temporel : “le peuple ne l’élève pas au-dessus de lui en vue de lui accorder la libre faculté d’exercer la tyrannie contre lui, mais pour qu’il le protège contre la tyrannie et la malhonnêteté d’autrui”.

Dans la paix, tout à l’heure, une passerelle changea l’ombre en matin, tandis que le sillage d’un signe franchissait le Rhin. Ecoutons donc Apollinaire revenir parmi nous,  apollinien et touchant, grâce à la fidèle mémoire, à l’énergie généreuse, de Stéphane Hessel, qui reste actif au milieu de nous.

One Reply to “De Pascal à Hessel : “Le propre de la puissance est de protéger”.”

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