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De l’union au monde peut paraître le raccourci ambivalent, grandiloquent et déformant d’un titre autrement significatif. De l’union à Dieu au milieu du monde, tel est en effet le sujet d’une quête sans limite, mais non sans objet ; car c’est aussi le trajet naturel et surnaturel du chrétien : d’une voix pressante, ses frères le réclament et, pour leur répondre, Dieu doit remplir son âme. Nous savons bien qu’il faut à la Révélation amie l’infini des aimantes relations…

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De même que le col du Bonhomme relie des versants plutôt séparés par les parlers et par l’histoire, c’est un Anglais qui, du fond de son Moyen Âge et dans un sillage déjà tracé par bien des visages radieux, vient concilier la prière et l’action, l’extase profonde et l’appel du monde : Walter Hilton est publié en ce début d’année par Arfuyen, autre maillon capable de faire communiquer des mystères et des sphères, parti du Vaucluse et de la montagne du même nom face au Ventoux, pour creuser ses canaux commerciaux à Paris et spirituels dans les hautes Vosges, près d’un lac dit Noir.

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Or, “travailler dans une perspective européenne”, telle est l’entreprise de cet “éditeur à l’écoute du temps qui vient”.

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Entre les lacs et les sapins, Gérard Pfister publie ainsi courageusement et constamment poésie et spiritualité, tout en poursuivant, tout en produisant, sa propre inspiration, mélodieuse autant que discrète.

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Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que, dans son monastère niché sur une autre pente du même val d’Orbey, une religieuse dominicaine, sœur Claude Pierre, ait mis au point avec la collaboration de Marthe Mensah une traduction d’un lointain mystique anglais du XIVe siècle. Dans une langue paisible et limpide, La Vie mixte opère d’abord un délicat alliage fondamental, celui des travaux matériels et des travaux spirituels (page 19), pour briser (page 22) ses entraves les plus solides et sournoises, puis fondre artère active et veine contemplative (page 30) dans une ardente harmonie : Car l’amour est fragile et s’éteint facilement, sauf s’il est bien entretenu (page 52). Alors s’approche d’elle Le Chant des anges : dans un élan d’amour de Dieu, la présence des Anges emporte l’âme loin de la pensée des choses terrestres et charnelles et la remplit d’une joie céleste pour lui faire entendre le chant des Anges et les mélodies célestes, selon l’intensité de sa charité.

Il me semble alors qu’aucune âme ne peut vraiment percevoir le chant des Anges ni les mélodies célestes, à moins d’avoir une charité parfaite. (Pages 86-87)

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Ainsi, plus de quarante ans après le pari fou des religieuses responsables de la fameuse communauté d’Unterlinden qui avait quitté leur biscuiterie ainsi que leur cloître de ville et de plaine encore auréolé de ses tilleuls tutélaires, qui s’était retirée pour s’adonner à la cuisson d’un pain spirituel entre hameaux et pâturages sur la montagne – de surcroît sur une double ligne de haute tension où l’énergie de la prière circule avec plus d’abondance, de puissance et de silence que la grésillante électricité, après les brillantes publications sur Jean Tauler par sœur Suzanne Eck, les dominicaines d’Orbey-Holnet demeurent les relais de la liberté dans les incessantes tourmentes, les témoins du ciel sur la terre et le foyer de l’action de grâce filiale par l’action du service fraternel. Tant il est vrai, surtout en ce début de carême et à la veille de la journée internationale consacrée à la femme, que tout être humain est en passe comme en mesure d’aller… de l’union au monde.

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